Daido Moriyama Traîner dans Tokyo

Ma photo de Daido Moriyama

22nd January 2018

Daido Moriyama est de ces artistes extrêmement rares dont la longue carrière forme un ensemble d’une très grande cohérence, et dont les œuvres restent d’une exceptionnelle valeur depuis ses débuts. Dog and Mesh Tights, publié en 2015, est sans doute l’un des meilleurs travaux de Moriyama, un recueil à tout point de vue égal à ses légendaires séries des années 70 et 80 comme Hunter, Farewell Photography et Light and Shadow. Il contient également l’un des plus beaux et des plus émouvants textes sur la photographie : Moriyama par lui-même. Mais comment choisir une image au sein d’une série parfaite, une séquence à couper le souffle de mises en contact et de subtils échos visuels ? Le titre, Dog and mesh tights, donne un indice du contenu : la ville vue du point de vue d’un chien errant, et les compositions formelles qui ont fait la célébrité de Moriyama il y a longtemps, avec ses gros plans de femmes en bas résille, dans la série How to Make A Beautiful Picture. Avec Moriyama, et pour Moriyama, je choisis la ville qui l’a capturé autant qu’il l’a capturée, qu’il a décrite comme sa « ville virtuelle, inachevée », qui ne faillit jamais à provoquer l’inspiration.

 

Simon Baker

Tate Modern – Londres

Né au Royaume-Uni en 1972, Simon Baker est conservateur principal pour la photographie de la Tate, à Londres, depuis 2009. Il a auparavant été professeur assistant en histoire de l’art à l’Université de Nottingham. À la Tate, il a notamment signé les exposions « William Klein + Daido Moriyama » et « Another London ».

‘Dog and Mesh Tights,’ 2015, plaque 10 : 2014.08.04

Matthias Harder est fasciné par les oeuvres de Daido Moriyama depuis ses années à l’université.

« Il y a toujours de la rudesse dans les photos de Daido Moriyama, son “Chien errant” en est un exemple. Le contraste du tirage est violent, certains détails ont disparu. Mais le regard considère le sujet avec beaucoup de sensibilité, de très près, il est là, on peut presque le toucher. Il l’a photographié accroupi, à la même hauteur de regard que le chien lui-même.

Et le regard du chien qui se retourne vers nous. On dit que c’est le vieil ego de Daido Moriyama, qui erre sans nulle part où aller, qui parcourt la ville en observant la vie quotidienne des gens. En fait ce chien, c’est Daido qui se regarde lui-même. J’aime ses œuvres parce qu’elles sont mystérieuses. Ce sont comme des instantanés d’un film, une seule photographie évoque une multitude de récits et d’images.

 

Dr. Matthias Harder

Fondation Helmut Newton – Berlin

Né à Kiel en 1965, Matthias Harder a étudié l’histoire de l’art, l’archéologie et la philosophie à l’université libre de Kiel et de Berlin. Après un passage au Berlin Art Institute, et au Musée de la Photographie de Munich, il est, depuis 2004, Conservateur principal du Musée de la Photographie / Fondation Helmut Newton de Berlin.

Chien errant, Misawa, 1971

Il s’agit de la première photographie de Daido Moriyama acquise par la Fondation Cartier. Elle est liée à ma première rencontre avec Tokyo, avec l’œuvre de Daido. À l’époque, je ne le connaissais pas, quand, dans une librairie, par hasard, j’ai vu cet album. J’étais complètement fasciné et surpris. J’ai trouvé que c’était une image de vertige. Vertige de la lumière. C’est l’été. Il y avait beaucoup de lumière et c’était très chaud, Tokyo dans l’ombre et la lumière. C’est un photographe du monde réel, et de l’étrangeté du monde réel. Et cette étrangeté est saisie par la lumière, par l’ombre et la lumière, et par cette espèce d’enquête mentale. C’est l’émotion à son extrême tout le temps. C’est une œuvre qui est tout le temps aux aguets. C’est une œuvre d’une inquiétude sensible, vigilance, il y a une beauté de l’inquiétude, Moriyama est comme un enquêteur halluciné.

 

Hervé Chandès

Fondation Cartier – Paris

Directeur général de la Fondation Cartier depuis 1994, Hervé Chandès en dirige à la fois les expositions à Paris, la programmation internationale, les collections et les commissions artistiques. Il a organisé de nombreuses expositions monographiques d’artistes très différents et est également à l’origine de la conception d’expositions thématiques, qui, par leur ampleur, ont permis le croisement de la création et de la pensée contemporaine sur le monde.

Osaka #6, 1998