Le cœur serré, Araki #03

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Le cœur serré, Araki #03

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Ces albums de l’époque de Dentsu, point de départ de l’œuvre d’Araki

Dans le repaire d'Araki, quelque part dans Tokyo, je découvre un nombre impressionnant de vieux albums de scrapbooking.
Ils pourraient être considérés comme le point de départ de l’œuvre d’Araki. Nous avons demandé ce qu'ils contiennent au principal intéressé.

À l’époque de l’exposition Araki, folie des albums de photos tenue en 2012 au Musée de la photo d’Izu, 452 publications étaient signées du maître. En trois ans, le nombre d'ouvrages est passé à 480.

« Il ne sert à rien de prendre simplement des photos. Si on ne les montre pas... » Araki pratique la photographie en partant de l’idée de montrer ses oeuvres à un grand nombre de personnes. Mais pour les vieux albums que nous avons dénichés, les choses sont différentes.

« Comment savez-vous qu’il y a des albums de scrapbooking ici ? Ça ne va pas, ça ! Parce que ces albums sont cachés. Ça ne va pas, ça ne va pas. » Araki est sur ses gardes.

Finalement nous avons obtenu de lui qu’il prenne des photos de la couverture de ces albums et de nous les envoyés. À l’entendre, il s’agit d’œuvres qu’il a accumulées à l’époque où il travaillait pour l’agence de publicité Dentsu. Il semble que ces albums sont emplis de planches de contact et de tirages collés les unes aux autres. On y retrouve les photos de son voyage prénuptial à Nikko avec Yoko-san, des collections d’instantanées de femmes marchant dans les rues piétonnes de Ginza, des clichés pris à Tokyo, etc.

« Au vu des titres, c’était l’époque de ma jeunesse. Voyez ce titre « théorie de la ville » : à cette époque, on mettait partout de la « théorie » parce que ça sonnait bien. »

Nous n’avons pu voir le contenu de ses albums, mais pour nous en faire une idée, nous nous sommes référés à ceux créés à la même époque et conservés au Musée d’art de Setagaya.

Satchin et son frère Mabo est une œuvre pour laquelle Araki conceptualisait la mise en scène de son exposition, celle-ci qui lui valut en 1964 d’être couronné du prix de la revue Taiyo. Ces photos en noir et blanc de jeunes garçons prises à proximité de la pension où il vivait sont collées dans cet album, proches du Satchin qui sera publié plus tard. Ginza rassemble des portraits de passants pris dans le quartier du même nom. Il juxtapose les expressions des visages et par ce contraste, présente avec efficacité les différents caractères des passants du quartier de Ginza à Tokyo.

Il y a plus d'une centaine de ce type d'album qu’il a commencé à confectionner au début des années 60. En 1970, il crée les Carnets de photos xérographiées, des recueils de photographies réalisées avec une photocopieuse noir et blanc. En une année, il fabrique ainsi 26 recueils de photographies. L’année suivante, en 1971, avec Oh Japon (éditions Miki) et Voyage sentimental (à compte d’auteur) Araki parvient à éditer de véritables livres de photographies en couleur. Le photographe ne se limite pas à la prise de vue, Araki réfléchit constamment à comment les disposer, comment les présenter ? Ce travail de recherche se retrouve dans les innombrables albums personnels créés à l’époque où il travaillait pour Dentsu. Ils sont la mémoire des nombreux essais et tâtonnements qui ont inspiré les chefs-d’œuvre qu’il créera plus tard.

« Vous voyez, les photos sont bien collées, avec de la colle de l’époque, aujourd'hui les pages elles-mêmes ont fini par se coller les unes aux autres. Je ne cherche pas à les décoller tout doucement, je les sépare de force. Si bien qu’une partie du papier des photos vient avec, en laissant des parties en blanc. Et là aussi, il y a quelque chose de bien (rire).»

Ces albums de l’époque de Dentsu, ces “ points de départ”, continuent ainsi à vivre et évoluer par la main frénétique de leur créateur.

Une partie des albums. Araki recourt déjà à des termes que l’on trouve dans les titres de ses oeuvres d’aujourd’hui, tels que l’année passée, moi, la mort, etc.

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