Katagiri Atsunobu et l’ikebana de la régénération
Un séjour à Minamisoma, ville touchée par la catastrophe de 2011, a changé le rapport de l'artiste floral à la nature et à l'existence.

© Katagiri Atsunobu
Pour un regard non initié, l’ikebana s’apparente à une simple composition florale. En Occident, on y verrait une passion pour les bouquets de fleurs. Pourtant, cette pratique dépasse la dimension esthétique car cet art d’origine chinoise, apparu vers l’an 600 au Japon, et d’abord pratiqué par les moines, est aussi une tradition philosophique très codifiée.
Entre décembre 2013 et août 2014, l’artiste Katagiri Atsunobu a profité d’une résidence à Minamisoma — petite ville de la préfecture de Fukushima au nord du Japon, frappée par le séisme et la catastrophe nucléaire de 2011 — pour mener le projet The Ikebana Of Regeneration. Un recueil photographique issu de ce travail a ensuite été publié.
Né en 1973 à Osaka, au Japon, Katagiri Atsunobu est devenu à l’âge de 24 ans directeur de l’école Misasagi Ikebana. Connu pour intégrer à la fois des approches traditionnelles et modernes dans ses œuvres ikebana, ainsi que pour sa collaboration avec des artistes issus de différents univers, Katagiri Atsunobu crée aussi bien de petites compositions à l’aide de fleurs sauvages que de majestueuses œuvres notamment réalisées à partir de fleurs de cerisiers.
Les fleurs du renouveau
La région, dévastée en 2011, n’a vu ses habitants être autorisés à rentrer sur place qu’à partir de 2016, dans un paysage désolé. Alors que la vie n’avait pas encore repris dans les environs, l’artiste explique à Pen avoir « été informé de la régénération de la nature dans la zone par l’un des curateurs du Fukushima Prefectural Museum ». Cette recherche de traces de vie dans un environnement marqué par la mort a ainsi « commencé par des visites fréquentes pour créer des ikebana avec les fleurs locales », poursuit l’artiste, dont la résidence a ensuite été menée dans le cadre du Hama-dori, Naka-dori, & Aizu Tri-Regional Culture Collaboration Project. Frappé par le paysage ravagé, les habitations dévastées, l’artiste est aussi touché par la résurgence de la nature, les fleurs qui poussent malgré tout, au milieu du chaos. Il commence à cueillir ces marques de régénération de la nature, et à immortaliser ces arrangements.
Les clichés montrent ainsi la vie, ce qu’il en reste, associée aux traces de violence, de souffrance, de fin de vie. Les fleurs sont mises en scène dans des débris, sur des carcasses de voitures, ou des crânes d’animaux morts lors de la catastrophe.
Comme l’écrit Min Byung Jic dans le cadre d’une exposition à l’Alternative Space LOOP de Séoul, cette série « est une sorte de cérémonie, une performance transcendant le simple acte d’arrangement floral… En comparaison de la durée de vie limitée des êtres humains, les fleurs reprennent vie face à la mort. Elles possèdent une capacité de renouvellement. Pour cette raison, les fleurs signifient et symbolisent le renouveau et la revitalisation ».
Interrogé sur l’impact de cette expérience sur sa manière d’envisager son existence, Atsunobu Katagiri explique être « devenu plus humble face à la nature. Je pense que je suis davantage attaché à l’idée d’un cycle de vie durable. J’ai finalement acheté une grande propriété dans une zone rurale d’Osaka où je vis et plante actuellement des arbres et des fleurs. Mon futur rêve est de pouvoir créer mon travail d’ikebana simplement en utilisant des choses que je cultive ».
Sacrifice — The ikebana of regeneration (2015), un livre de photographies par Katagiri Atsunobu, édité par Seigensha.

© Katagiri Atsunobu

© Katagiri Atsunobu

© Katagiri Atsunobu

© Katagiri Atsunobu

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© Katagiri Atsunobu
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