Hirayama Ryokan, un bain sacré réputé porter bonheur sur l’île d’Iki

Dans sa “Chronique du bain”, Kundō Koyama fait du “yudō”, la « voie du bain », un pilier de la culture japonaise traditionnelle.

16.01.2026

TexteKundō Koyama PhotographiesAlex Mouton

Le scénariste Kundō Koyama milite pour la reconnaissance du yudō, la « voie du bain », au même titre que le sadō, la voie du thé ou le kadō, la voie des fleurs, comme élément fondamental de la culture japonaise traditionnelle. Il se plonge à travers tout le Japon dans différents types de bains, des sources chaudes (onsen) aux bains publics (sentō) en passant par les baignoires domestiques. Dans chaque numéro de Pen, il consigne ses voyages dans sa « Chronique du bain ».

Hirayama Ryokan (Ville d'Iki, Département de Nagasaki)

Kundō Koyama se baignant au Hirayama Ryokan.

Iki est une île façonnée par le vent. L’expression haru ichiban, qui désigne le premier vent chaud venu du sud au début du printemps, viendrait des pêcheurs locaux, qui auraient ainsi nommé la première bourrasque marquant le changement de saison. Si l’on remonte plus loin encore dans le temps, l’île entretient des liens profonds avec les légendes des vents divins. Iki est aussi considérée comme une île des dieux. On y compte 150 sanctuaires officiellement enregistrés auprès des autorités shinto locales ; en y ajoutant les innombrables petits autels et sanctuaires de bord de route, leur nombre approche le millier. D’une certaine manière, toute l’île peut être vue comme un lieu de puissance spirituelle. Avec une présence divine aussi dense, comment les eaux qui jaillissent ici pourraient-elles ne pas être efficaces ?

Accéder à un bain sacré sur Iki est plus simple qu’on ne l’imagine. Il suffit d’environ une heure en ferry rapide depuis le port de Hakata. La source chaude exploitée par le Hirayama Ryokan aurait été découverte il y a près de 1 800 ans. Selon la légende, l’impératrice Jingū aurait utilisé cette eau pour le tout premier bain de son fils, le futur empereur Ōjin.

Le bain dans lequel j’ai eu le privilège de me plonger cette fois-ci était celui en plein air de la chambre Tsuki-no-Ma. Avant d’y entrer, j’ai incliné la tête en direction de la divinité de l’eau, honorée au-delà du torii. Puis j’ai lentement immergé mon corps dans cette source à haute concentration minérale, dont la teneur dépasse de quinze fois le seuil requis pour être classée comme eau thermale thérapeutique. Tandis que le vent faisait bruisser les arbres alentour, il était difficile de ne pas ressentir la présence de quelque chose qui dépassait la simple nature.

« Les clients qui séjournent dans cette chambre voient toujours la chance leur sourire », confie Makiko Hirayama, propriétaire de troisième génération, le visage illuminé d’un sourire. Pour ma part, la chance s’est manifestée avant même la fin de la journée, à commencer par un repas inoubliable. La cuisine est ici exceptionnelle : oursins et calamars d’une fraîcheur remarquable, mais aussi le bœuf d’Iki, un wagyū régional rare et très recherché. Accompagné d’un verre de shōchū d’orge, un alcool lui aussi originaire de l’île, j’ai savouré ce qui fut peut-être le meilleur dîner de ryokan de ma vie, avant de retourner me prélasser dans le bain. Le bonheur s’impose ici avec une telle évidence qu’il semble véritablement émaner des dieux eux-mêmes.

Hirayama Ryokan

Addresse : 77 Tateishinishi-fure, Katsumoto-machi, Ville d'Iki, Département de Nagasaki

Téléphone : +819 2043 0016

Tarifs : 800¥ le bain en journée et à partir de 33 000 ¥ par personne pour une nuit avec repas.

iki.co.jp/

À environ 20 minutes en voiture des ports d’Ashibe ou de Gonoura. La famille Hirayama, qui entretient depuis longtemps cette source thermale vénérée pour ses vertus médicinales, a fondé le “ryokan” en 1955.

Makiko Hirayama, propriétaire de troisième génération. Près de 90 % des ingrédients utilisés pour les repas proviennent de l’île d’Iki, dont des légumes cultivés par la famille sans pesticides. Les restes alimentaires et les épluchures sont utilisés comme nourriture pour le bétail ou retournés à la terre sous forme de compost, créant ainsi un système circulaire à l’échelle de la propriété.