“La Désolation”, sur la trace des travailleurs sacrifiés
Le journaliste Arnaud Vaulerin documente dans cet essai le quotidien des ouvriers de la centrale de Fukushima Daiichi après 2011.

© Grasset
La Désolation commence par un rappel. Une chronologie aux airs funestes, mais qui impose peut-être malgré elle une précision nécessaire : ne pas restreindre les évènements de mars 2011 à une facile métonymie, Fukushima. Alors, Arnaud Vaulerin déroule les faits bruts. Un séisme de magnitude 9 touche le Japon le 11 mars 2011 à 14h46, puis génère un tsunami qui s’abat sur 500 kilomètres de côtes. À 15h27, la centrale de Fukushima Daiichi est touchée par la première vague. Le lendemain, des explosions successives ont lieu sur le site, engendrant un accident nucléaire sans précédent.
Travailler en négatif
« C’est maintenant au tour des nettoyeurs, des décontaminateurs. Ils sont sans visage ni parole. Ils ne parlent pas, ne se montrent pas, n’existent pas », introduit ensuite le journaliste. C’est à eux qu’il va s’intéresser pendant plusieurs mois, à partir de 2013. Ces travailleurs ont tous été sacrifiés sur l’autel d’une politique japonaise qui n’aura de cesse de répéter que tout est sous contrôle.
Ces ouvriers sont en situation précaire, aucunement formés pour les tâches qu’ils vont effectuer, et de plus en plus souvent employés par des entreprises de sous-traitance qui passent outre les mesures de sécurité et les protocoles de suivi sanitaire. « Ces ouvriers ne vont rien fabriquer, produire, construire, édifier. Non, ils vont défaire, détruire, débarrasser. Une vie de labeur en déduction, débit et défaut les attend. Travailler en négatif pendant des décennies, cette réalité tutoie l’absurde et le déprimant », note Arnaud Vaulerin.
Au fil de ses rencontres et de ses interviews, sur le site même de Fukushima Daiichi, dans les villages environnants et au sein de la société TEPCO, exploitant de la centrale, le journaliste esquisse les contours de ce monde que l’on n’exhume qu’aux dates anniversaires, le quotidien de traqueurs d’un ennemi invisible. L’auteur ne manque d’ailleurs pas de préciser : « je n’ai jamais perdu de vue le fait que cette histoire n’était pas exclusivement japonaise ».
La Désolation (2016), un essai de Arnaud Vaulerin, publié aux éditions Grasset.
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