Le pinku eiga, un cinéma japonais érotique et engagé

19.05.2020

TexteSolenn Cordroc'h

Le pinku eiga, littéralement le cinéma rose, est un genre cinématographique mêlant érotisme et violence et disséquant, en filigrane, les travers de la société japonaise.

Apparu dans les années 1960, le pinku eiga est une réaction directe à l’échec de l’industrie cinématographique japonaise. Si en 1960, les cinémas japonais diffusent un record de 545 films, leur fréquentation est pourtant en chute libre, en partie causée par la diffusion rapide de la télévision dans les foyers. Pour remplir de nouveau les salles obscures, les producteurs de cinéma indépendants décident de réaliser des films à petit budgets. Chaque film, tourné en quatre à six jours, un exploit, se doit de contenir des scènes de sexe en abondance et ne pas excéder 60 minutes.

Le sexe au secours du cinéma

Cette production en masse s’avère prolifique, passant de 4 films en 1962 à 58 en 1964, culminant même à 250 en 1969. A tel point qu’à l’aube des années 1970, le pinku eiga est considéré comme un phénomène de société hautement transgressif. Le gouvernement japonais profite alors des Jeux Olympiques de 1964 pour véhiculer une image présentable du Japon et fait le ménage au sein des milieux décadents. Les strip-teases et les films strictement pornographiques sont ainsi interdits, engendrant un essor considérable du pinku eiga. Le genre outrepasse la censure en incluant certes, des scènes de sexe, mais sans pour autant tomber dans la pornographie. Cet entre-deux s’exprime également dans le message caché des films. Si la majorité des oeuvres met en exergue les plaisirs interdits, il retranscrit aussi, en filigrane, des critiques subversives envers la société japonaise, jugée étouffante et hypocrite.

Au-delà du divertissement, un cinéma engagé

Bien loin de n’être qu’un simple cinéma érotique, le pinku eiga ose exprimer, sans fard, des pensées dissidentes entre deux scènes roses. A l’instar du réalisateur Koji Wakamatsu qui dénonce l’occupation américaine dans son oeuvre notoire Quand l’embryon part braconner. Il n’hésite pas non plus à y divulguer son opinion sur la mauvaise gestion du pays par le gouvernement japonais. Classique du pinku eiga, le film est également un puissant témoignage visuel sur l’inversement des rôles. Alors que la situation initiale est somme toute commune pour du pinku eiga, dépeignant un patron viril qui violente son employée féminine, l’action ne tarde pas à s’intervertir. L’homme se révèle alors psychologiquement fragile tandis que la femme prend le dessus et s’affirme.

Ce cinéma exutoire, à la liberté de ton et de production, ne survivra pourtant pas, rapidement rattrapé par la prolifération des films pornographiques en format vidéo dans les années 1980. Néanmoins, le genre trouve une seconde jeunesse aujourd’hui. Le dernier long métrage du réalisateur Hideo Nakata, White Lily, remet le pinku eiga au goût du jour. Cette sulfureuse histoire d’un amour lesbien inclut, bien évidemment, une tension sexuelle à son paroxysme et pléthore de scènes de nus.