Le Wa, empire japonais de l’harmonie

16.01.2020

TexteClémence Leleu

©Arol Viñolas

Faire primer la concorde et l’harmonie davantage que ses sentiments et avis personnels. Telle est la philosophie du wa. Une valeur irriguant le Japon, jusqu’au plus haut sommet puisque la nouvelle ère impériale, débutée en mai 2019 et qui accompagnera le règne de l’empereur Naruhito, a été dénommée Reiwa. Combinaison de “rei”, que l’on peut traduire par l’ordre ou par ce qui est agréable, et “wa”, l’harmonie.

Un concept qui trouve ses racines aux environs du Ier siècle, lorsque l’isolement géographique du Japon, son relief montagneux et ses rares ressources naturelles poussaient les agriculteurs à une coopération accrue, afin de permettre à la société de survivre et prospérer avec des récoltes suffisamment abondantes. Bien souvent, au détriment de leurs besoins personnels. Ce contrat social informel passé entre agriculteurs s’est institutionnalisé et officialisé en 604, lors de la rédaction de la première constitution japonaise dénommée Jûshichijô Kenpô.

Vivre en harmonie dans tous les domaines de sa vie

©Patrick Vierthaler

Le wa doit être valorisé et les querelles évitées. Quand les supérieurs sont en harmonie les uns avec les autres et que les inférieurs sont amicaux, les affaires sont discutées en silence et la vie juste l’emporte”, déclara le prince Shotoku, un politicien de la cour impériale d’alors et rédacteur de cette constitution. Il en est d’ailleurs fait mention dans le premier article de ce texte, “Le wa, valeur éminemment respectable, repose sur un principe, qui est d’éviter toute discorde.” Le wa, prône ainsi la paix sociale et l’humilité.

Une philosophie qui continue de se perpétuer au fil des décennies et qui s’illustre à merveille dans la cérémonie du thé. Véritable institution culturelle au Japon, où chaque geste, de chacun des participants, qu’il s’agisse du maître de thé ou des invités, est dicté par une conduite pré-établie. Ainsi, tout s’accorde parfaitement, chacun est dans son rôle et tout le monde peut vivre ce moment sans accroc. Totalement dévoué à l’admiration des gestes et à la méditation.

L’harmonie au détriment de ses propres émotions

©Carey Ciuro

Mais ce wa, se trouve partout au Japon, bien au-delà des pièces feutrées des maisons de thé. Cette valeur de paix sociale et d’humilité, dicte bien souvent les comportements des Japonais. Elle est le principe directeur de toutes les interactions dans l’environnement social, familial ou professionnel, où la culture d’évitement des conflits est impérieuse. On la retrouve également dans les lignes épurées et la nature sobre de l’architecture nippone ou encore dans la manière délicatement ordonnée dont sont dressés les menus japonais.

Un élément fort de la culture traditionnelle et spirituelle du Japon qui peut, dans un premier temps, troubler les novices étrangers, tant il est parfois difficile de réussir à savoir ce qu’il se joue réellement dans le for intérieur de nos interlocuteurs. Il existe d’ailleurs deux mots distincts en japonais pour qualifier cette dichotomie émotionnelle : honne, qui est l’opinion, l’émotion réellement ressentie, et tatemae, le visage public, la face que l’on montre au monde.

©Tanaka Juuyoh