“Les Contes de la lune vague après la pluie” ou l’absurdité de la guerre

Le cinéaste Kenji Mizoguchi dénonce les conflits armés de manière satirique dans ce “conte de fantômes” où réel et surnaturel se confondent.

21.10.2021

TexteSébastien Raineri

© Public Domain

Les Contes de la lune vague après la pluie est inspiré de deux contes d’Ueda Akinari, auteur japonais du XVIIIème siècle. Kenji Mizoguchi centre son intrigue sur la guerre, et choisit la forme du « conte de fantômes » pour traiter son sujet de façon satirique, plutôt que par un style réaliste et contemporain. Récompensé par le Lion d’argent à Venise en 1953, ce film permet enfin au cinéaste de montrer au monde entier l’étendue de son talent.

Kenji Mizoguchi (1898-1956) commence sa carrière comme dessinateur d’annonces publicitaires au journal Yuishin Nippon, avant d’être rédacteur de faits divers. À la fin de la Première Guerre mondiale, il rejoint Tokyo et mène une vie de vagabond. Il fonde un cercle littéraire, publie des poèmes et par le biais d’une connaissance, est embauché comme assistant-réalisateur en 1920 dans les célèbres studios de cinéma Nikkatsu, avant de devenir réalisateur. Fortement influencé par le néoréalisme italien, c’est après la Seconde Guerre mondiale qu’il réalise de nombreux chefs d’œuvre, dont Les Contes de la lune vague après la pluie en 1953.

 

Ambitions folles et absurdes

Au XVIème siècle, en pleine guerre civile, deux hommes abandonnent leur épouse pour poursuivre leur rêves de gloire et de richesse. L’un aspire à devenir un grand samouraï, l’autre veut faire connaître son œuvre au plus grand nombre. Mais leur folle ambition ne les mène qu’à une réussite succincte.

Dans un contexte de guerre, le cinéaste nous montre la pauvreté, la faim, la violence, la mort. Réalisé seulement quelques années après les drames survenus pendant la Seconde Guerre mondiale, Kenji Mizoguchi dénonce les agissements du Japon qui ont mené le pays au désastre. La guerre n’est que négativité, tout enrichissement provenant de celle-ci ne peut qu’être blâmé. C’est pourquoi le cinéaste désigne les désirs de gloire de ses personnages comme des illusions. Féministe, Mizoguchi prône le sacrifice, le réalisme, l’amour et la sagesse des personnages féminins sous l’emprise des désirs irréalisables de leurs époux.

Unanimement considéré comme un chef d’œuvre par la critique, Les Contes de la lune vague après la pluie est une fable poétique sur le pouvoir des apparences et la folle ambition des hommes. Le film inspire les plus grands cinéastes, dont ceux de la Nouvelle Vague, notamment Jean-Luc Godard, qui acclame Mizoguchi et le définit comme « le plus grand cinéaste japonais. Et même l’un des plus grands cinéastes tout court. »

 

Les Contes de la lune vague après la pluie (1953), un film réalisé par Kenji Mizoguchi et édité en DVD par Capricci.

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