Dans les ruines modernes du Japon

19.12.2018

©Shane Thoms

Le photographe australien Shane Thoms a sillonné le Japon pour photographier les endroits abandonnés du pays, où la nature a repris ses droits. Ses images sont réunies dans un livre, Haikyo: The Modern Ruins of Japan.

En japonais, haikyo signifie “ruines”. Mais au sens plus large, le mot désigne l’exploration urbaine, connue en Europe sous le nom d’urbex. Shane Thoms, grand passionné, a traversé le Japon à la recherche de ses splendeurs passées. Il a découvert, perdus au milieu de la nature, d’anciens symboles de loisir et de confort, devenus antres de solitude : des parcs d’attraction, des hôtels de luxe en bord de plage, des immeubles de standing… Mais aussi des onsen, un love hotel et des hôpitaux, désertés du jour au lendemain, sans même qu’on prenne le temps de retirer leur matériel ou leur décoration.

©Shane Thoms

Ces photos du désordre regorgent de détails : de la mousse, des débris, de mauvaises herbes et des éclats de verre jonchent systématiquement le sol. Pour capturer ces images, le photographe a dû braver quelques interdictions, éviter des escaliers en lambeaux qui menaçaient de s’effondrer, échapper à la voracité des moustiques et contourner les nids de frelons. Le résultat en valait la peine.”Ces ruines modernes, explique Shane Thoms sur son site, offrent un riche contraste visuel, dans un pays connu pour l’éclat, les sons et les mouvements qui emplissent ses nombreuses et prospères métropoles.” L’ouvrage, qui fige ces espaces avant que le temps n’efface leurs dernières traces, pose une question plus large et passionnante, dont la portée dépasse les frontières du Japon : qu’est-ce que nos ruines disent de nous ?

Si le livre n’apporte pas de réponse définitive, il interpelle par l’aspect vivant, presque hanté, de ces endroits oubliés. Ici, on découvre un hôpital fermé par manque de patients, dont les fauteuils pourraient servir demain, si on prenait le temps de les dépoussiérer. Plus loin, dans un parc d’attraction envahi par la nature, les tasses tournantes n’ont rien perdu de leurs couleurs criardes et semblent attendre les touristes. C’est peut-être ce qui frappe le plus : nombreux sont les objets qui tiennent encore debout, et qu’un souffle de vie suffirait, certainement, à ragaillardir.

La fascination de Shane Thoms pour les ruines lui vient, dit-il, de l’enfance. Jeune, il s’est pris de passion pour l’univers à la fois macabre et magique de Tim Burton, et de fascination pour les films d’horreur comme A Nightmare on Elm Street (dans la version originale de Wes Craven, sortie en 1984). Il y a quelques années, il a commencé par visiter les sites abandonnés d’Australie et s’est même rendu à Tchernobyl. Mais c’est cette traversée du Japon qui lui a permis de retrouver ses frissons d’adolescent, dans cet univers marginal à l’étrange beauté.

©Shane Thoms

©Shane Thoms

©Shane Thoms

©Shane Thoms