Les nouvelles figures à suivre en 2026 selon la rédaction
De l’art au design, en passant par le cinéma et la musique, ces jeunes talents n’ont pas fini de faire parler d’eux.
Des experts et notre rédaction ont sélectionné les jeunes talents à suivre. L’art est recommandé par Taka Kawachi et Chie Sumiyoshi, le design par Naoshi Ikai, le cinéma par SYO et la musique par Kazuharu Katō.
Yuiga Danzuka

Yuiga Danzuka, réalisateur. Né en 1998 à Tokyo. Diplômé de l’École du cinéma de Tokyo, il s’est fait remarquer avec le court-métrage “Ai o tamukeru yo”, sélectionné notamment au Festival international du court-métrage de Sapporo. En 2025, “Des fleurs pour Tokyo” lui vaut une sélection à la Quinzaine des cinéastes de Cannes, faisant de lui le plus jeune Japonais jamais retenu.
À 26 ans, il fait vibrer Cannes : un espoir du cinéma japonais
Alors que 2025 a été marquée par le succès exceptionnel du film Le Maître du kabuki, un autre événement a agité le monde du cinéma. Aux côtés du réalisateur Lee Sang-il, le jeune cinéaste Yuiga Danzuka, alors âgé de 26 ans, a été sélectionné à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes. Il s’agit du plus jeune Japonais jamais sélectionné dans cette section. À propos de Des fleurs pour Tokyo, le film qu’il y a présenté, le critique de cinéma SYO explique :
« Situé dans un Shibuya en pleine transformation urbaine, le film raconte les retrouvailles, plusieurs années plus tard, d’une famille brisée par les choix professionnels d’un père paysagiste. Qu’il s’agisse de la composition des images, de la mise en scène des émotions ou de l’architecture du récit, chaque aspect révèle une esthétique profondément personnelle. »
Si l’œuvre a été saluée pour la vigueur de sa sensibilité d’auteur, Danzuka nuance cette réception :
« Je consulte les avis sur les sites de critique, et les réactions sont très diverses. Certains disent avoir pleuré à plusieurs reprises, d’autres sont extrêmement sévères. Plutôt que de tracer un parcours unique destiné à susciter l’empathie, j’ai volontairement cherché une forme ouverte, laissant aux spectateurs la liberté d’interprétation. »
À une époque saturée d’images, où même une simple réplique peut être perçue de multiples façons, Danzuka estime que cette pluralité de lectures est précisément ce que le cinéma permet encore.
Des fleurs pour Tokyo
Réalisation et scénario : Yuiga Danzuka
Avec : Kōdai Kurosaki, Kenichi Endō, entre autres
2025, Japon, 1 h 55
Au cinéma en France à partir du 5 août 2026
© 2025 Siglo – LesPros Entertainment

© 2025 Siglo – LesPros Entertainment
Aya Kawato

Aya Kawato, artiste. Née en 1988 dans le département de Nara. Diplômée d’un doctorat de l’Université des beaux-arts de Tokyo. Elle développe une pratique mêlant peinture et installation. Une exposition personnelle de son travail est prévue à Taïwan en mars 2026. Photo : Shungo Takeda.
Une tapisserie monumentale pour un lieu où se sont retrouvées des personnalités du monde entier
La rédaction de Pen s’est intéressée au travail de l’artiste Aya Kawato, choisie pour concevoir une immense tapisserie destinée au pavillon d’accueil de l’Exposition universelle d’Osaka-Kansai. La réalisation en a été confiée à Kawashima Selkon, maison historique du textile.
Les motifs en grille, tissés à la main à partir de 1 800 nuances de fils teints artisanalement, produisent selon la distance et l’angle de vue des effets d’illusion optique, suggérant profondeur et mouvement. Les légères irrégularités du travail manuel apportent une chaleur subtile à l’ensemble. Cette recherche constante d’« un équilibre entre contrôle et décalage », chère à Kawato, a trouvé ici un écrin à l’échelle mondiale.

“CUT: C/U/T_CC-CM_I”. Tapisserie, coton, rayonne 200 × 900 cm. Production et mécénat : Kawashima Selkon. Photo : Yuki Moriya.
Sasuke Haraguchi

Sasuke Haraguchi, auteur-compositeur-interprète et producteur de musique. Né en 2003 dans le département d’Ehime. À l’âge de 10 ans, il devient le plus jeune Japonais à remporter l’Amateur Night de l’Apollo Theater à New York. Il débute en 2018 et développe pleinement ses activités sous le nom de Sasuke Haraguchi à partir de 2023.
Une pop nouvelle génération à l’efficacité immédiatement addictive
Jeune figure ayant déjà signé des compositions pour Hiromi Go, Sasuke Haraguchi s’est imposé avec des titres comme “HITO Mania” et “Medicine”, devenus des hits dans le genre des chansons Vocaloid. Mais son travail ne s’y limite pas : mêlant avec aisance EDM, J-pop, techno ou house, il développe une signature sonore qui lui vaut une reconnaissance croissante au sein de l’industrie.
Kazuharu Katō, qui le recommande, souligne :
« En 2025, il était le plus jeune invité à se produire lors d’un concert hommage à Yellow Magic Orchestra. Il a également participé à un festival en hommage à Ryuichi Sakamoto, suscitant un large écho. »
Avec la sortie prochaine de son album I San, Haraguchi s’impose comme un artiste à suivre de près.

“Medicine”, 2 min 7 s. À partir de 255¥ (en version numérique).
Nozomi Suzuki

Nozomi Suzuki, artiste. Née en 1983 dans le département de Saitama. Docteure de l’Université des beaux-arts de Tokyo depuis 2022. Résidente de la Fondation Pola pour la promotion des arts, elle se rend au Royaume-Uni en 2019. En 2024, elle a organisé une exposition personnelle. Photo : Takeshi Hirabayashi (grasshopper).
Des paysages imprimés dans la matière qui stimulent l’imagination
« On y perçoit une réflexion fondamentale sur les origines des procédés photographiques, invitant à méditer sur le temps qui s’écoule et les paysages qui s’effacent », explique Taka Kawachi à propos du travail de l’artiste Nozomi Suzuki.
Suzuki imprime directement, sur des fenêtres, des miroirs ou des lunettes usagés, les paysages que leurs anciens propriétaires ont « probablement vus ». Même sans connaissances approfondies en art, ses œuvres éveillent immédiatement l’imagination. Lauréate en 2025 du Prix du nouveau talent de la Ville de photographie de Higashikawa, elle s’impose comme l’une des artistes les plus observées de sa génération.

“Light of Other Days : Porte arrière de la salle communale du quartier Shirakawa 2-chōme”. Porte d’une maison démolie, émulsion photographique, 170 × 71 × 16,5 cm. Courtesy of POLA MUSEUM ANNEX © Nozomi Suzuki
Shota Yamauchi

Shota Yamauchi, artiste. Né en 1992 dans le département de Gifu. Diplômé de l’Université des beaux-arts de Tokyo en 2016. Lauréat de nombreux prix, dont le Prix d’excellence du Japan Media Arts Festival. Photo : Seiichi Saito.
Interroger le corps et la technologie
La nouvelle œuvre de Shota Yamauchi, centrée sur les liens entre technologie et perception corporelle, a été présentée dans l’exposition GHOST à Arts Maebashi (jusqu’en décembre 2025). Lumière et son, contrôlés par une intelligence artificielle, y généraient en permanence des configurations inédites. L’installation évoquait une forme de dialogue par l’intermédiaire du son et de la lumière entre des entités inconnues, dans un futur post-humain. Chie Sumiyoshi, qui le recommande, souligne :
« Entre ses expositions à la galerie Aoyama│Meguro et au YCAM, il a connu ces dernières années une évolution technique et conceptuelle remarquable. »

“Being… Us ?” Installation vidéo, images de l’artiste, 2025. Photo : Shinya Kigure.
Ana Scripcariu-Ochiai

Ana Scripcariu-Ochiai, artiste. Née en 1992 dans le département de Saitama. Docteure de l’Université des beaux-arts de Tokyo en 2025. Publication d’un premier livre photographique prévue au printemps 2026 chez AKAAKA, suivie d’une exposition personnelle en avril à The Third Gallery Aya, à Osaka. Photo : Michiko Ishikawa.
Une photographe à la recherche de ses origines, par fragments poétiques
Sélectionnée pour l’exposition Thoughts of a Distant Window—Contemporary Japanese Photography vol. 22 au Tokyo Photographic Art Museum, Ana Scripcariu-Ochiai présente une œuvre composée de cinq écrans diffusant aléatoirement des paysages des quatre saisons de son autre pays, la Roumanie, et des fragments de texte. La lumière et l’atmosphère propres à l’Europe de l’Est y sont saisies avec une justesse qui mêle intimité et distance culturelle. Taka Kawachi, qui l’a recommandée, observe :
« Il y a quelque chose de profondément nouveau dans la manière dont les éléments ethniques, les paysages, les personnes et les animaux deviennent des moyens d’explorer sa propre identité. »

“Hikari no Utsuwa”. Tirage chromogène, 39,5 × 59,5 cm. Collection de l’artiste © Ana Scripcariu-Ochiai
Takuro Tamayama

Takuro Tamayama, artiste. Né en 1990 dans le département de Gifu. Diplômé de l’Université des beaux-arts de Tokyo en 2015. Expositions personnelles au National Art Center Tokyo, au Mori Art Museum ou encore à la galerie ANOMALY. Photo : Kohei Omachi.
Une première exposition d’envergure pour repenser l’espace
En 2025, l’artiste Takuro Tamayama a présenté sa première grande exposition personnelle, Takuro Tamayama: FLOOR, au Musée d’art de Toyota, suscitant un large écho. Chie Sumiyoshi, qui le recommande, précise : « Cette année, il n’a pas seulement exposé ici, mais aussi au Ginza Sony Park ou encore au Matsushige Lock Gate à Nagoya. Ses installations s’inscrivent dans une lignée proche d’Anish Kapoor, avec une capacité à libérer l’échelle et l’espace. »
À Toyota, une structure monumentale recouverte de moquette traversait les murs intérieurs et extérieurs du musée. Chaque salle n’abritait qu’une seule œuvre, invitant à ne faire qu’un avec l’architecture du lieu, transformée par la lumière naturelle et le passage du temps. Tamayama décrit ce projet comme une suite logique de son travail autour de la lumière :
« J’ai été profondément touché de voir combien de visiteurs prenaient le temps de rester dans ces espaces en constante évolution. Entendre que cette exposition avait ouvert de nouvelles perspectives sur ce que peut être un musée a été extrêmement encourageant. » À l’avenir, il souhaite poursuivre des projets de grande ampleur en extérieur, tout en explorant des espaces extrêmement restreints, presque microscopiques.

“Takuro Tamayama: FLOOR”, vue d’exposition. Photo : Kohei Omachi.
Straft

Straft, collectif d'artisanat. Fondé par Tamaki Ishii (né en 1998 dans le département d’Aichi) et Kazuma Yamagami (né en 1998 à Tokyo) après leur diplôme de l’Université Zokei de Tokyo. Sélectionnés pour Designart UNDER 30 en 2024. Photo : Daichi Hidei.
Un design ancré dans les matériaux naturels et les territoires
Formé au design à l’université, le collectif Straft crée des objets et des installations à partir de paille de riz. Loin du plastique ou du métal, ses membres revendiquent leur attirance pour les matériaux naturels. L’un de ses membres, Tamaki Ishii, explique :
« Même fragile, la matière peut devenir résistante par le travail. Elle peut être corde, vêtement, voire toiture. Le riz est d’abord un aliment, puis retourne à la terre : c’est, en soi, un matériau ultime. »
Le journaliste Naoshi Ikai souligne lui aussi l’intérêt de leur démarche :
« Lors de Designart 2024, j’ai découvert leurs objets évoquant des décorations rituelles shimenawa. Au-delà de leur force formelle, j’ai été marqué par leur attention au territoire, aux croyances, aux modes de vie, et surtout aux relations humaines et à la cohésion sociale. En 2025, ils ont présenté à Bali une installation en bambou lors d’un festival de design. »
Conscients que le bambou est en Indonésie un matériau structurel bien plus courant qu’au Japon, ils ont conçu une installation triangulaire en bambou dans un espace public. Ikai conclut :
« Leurs œuvres recèlent des sensations essentielles que les sociétés contemporaines ont tendance à oublier. Ils prévoient désormais de créer en voyageant le long de la Route de la soie. Il sera passionnant d’observer l’évolution de leur travail. »

Atelier en Indonésie, à l’arrière, une œuvre en paille de riz. Photo : Tamaki Ishii.

Vue de l’exposition “The Accurated 2025”. Photo : Tamaki Ishii.