Les “road-trips” hyper-rythmiques de Foodman
Le producteur expérimental injecte ses souvenirs de détente en sources chaudes et de plats de vacances dans l'album “Yasuragi Land”.

Foodman, “Yasuragi Land” (2021). Pochette: Plusminus Studio
Des instruments en forme de jouets, des percussions, des mélodies de flûte, pour une ode aux petits plaisirs. Les synthétiseurs offrent au public des bouffées d’air frais, évoquant une pause dans une station-service de route de montagne, après un long trajet.
Yasuragi Land, le dernier album de Foodman — dévoilé le 9 juillet 2021 par le label de dance music britannique Hyperdub —, convoque une thématique chère à l’artiste, celle des petits plaisirs simples de la vie quotidienne japonaise. Dans cet album, dont on pourrait traduire le titre par « terre tranquille », l’artiste aborde les instants de bonheur que représentent la visite de sources chaudes ou de michi no eki (stations-service d’autoroute japonaises, dont la cuisine peut s’avérer délicieuse) et le plaisir de les redécouvrir.
Dans sa production musicale très élaborée, l’artiste associe le style de musique électronique footwork, et la folie qui lui est propre, avec du jazz déconstruit et une électronique minimale. Ses rythmes ont pour philosophie de créer beaucoup avec moins. L’artiste souhaite notamment appeler son public à se tourner vers des lieux qui lui sont familiers. À la manière d’un voyage en voiture vers votre ville natale, Yasuragi Land est un territoire d’apaisement, un moment de redécouverte de ce qui a toujours été là.
Une musique de la nostalgie
Originaire de Nagoya, Takahide Higuchi a fait son apparition sur la scène japonaise du footwork et du juke au début des années 2010, et a déconstruit une multitude de genres allant de la noise à l’ambient, de la techno à la trap. Aujourd’hui basé à Yokohama, l’artiste comble les amateurs de sonorités débordantes d’énergie, auxquelles il associe un esprit emprunt de douceur et de mélancolie, illustré par des textes rendant hommage aux parkings et aux cafés.
Yasuragi Land débute avec “Omiyage” (souvenir), et “Yasuragi” (relaxation), où les xylophones et autres instruments — dont certains ressemblent à des jouets — dansent en polyrythmie à côté de tonalités de guitare ou de clarinette. Inspiré par l’observation de fourmis, le rebondissant “Ari Ari” insuffle une dimension merveilleuse à la deep house à travers de minuscules explosions psychédéliques.
La chanson “Michi No Eki”, composée avec Taigen Kawabe de Bo Ningen, célèbre les aires de repos en bordure de route, un repère pour de nombreux Japonais, synonyme de nostalgie et de paix intérieure. Des voix superposées et de douces notes de guitares s’associent au sein d’un rock psychédélique numérisé le tout, dans une ingénierie ludique propre à l’underground de l’art-pop japonais.
Yasuragi Land (2021), un album de Foodman édité par Hyperdub.

Foodman, “Yasuragi Land” (2021). Pochette: Plusminus Studio

Foodman, “Yasuragi Land” (2021). Pochette: Plusminus Studio

Foodman, “Yasuragi Land” (2021). Pochette: Plusminus Studio

Foodman, “Yasuragi Land” (2021). Pochette: Plusminus Studio
LES PLUS POPULAIRES
-
Un artisanat ancré dans la nature et les paysages du quotidien d’Okinawa
Ai et Hiroyuki Tokeshi emploient du bois d'Okinawa, très contraignant, en héritiers d'une tradition locale du travail du bois et de la laque.
-
Yoichi Ochiai, l'artiste à l'origine du pavillon de “media art” de l'Exposition universelle d'Osaka 2025
Lauréat des Pen Creator Awards 2025, il revient en interview sur son œuvre immersive qui traduit en art l’expérience de la « Digital Nature ».
-
« Voir ceux de mon âge, ou plus jeunes, réussir me rend nerveux »
Dans “Guide de survie en société d'un anti-conformiste”, l'auteur Satoshi Ogawa partage ses stratégies pour affronter le quotidien.
-
“All about Lily Chou-Chou”, fanatisation et rapport au réel
Co-scénarisé par une communauté en ligne, ce film de Shunji Iwai met en scène une pop-star devenue le repère d'une jeunesse déboussolée.
-
Sanbonmatsu-yu, un “sentō” où méditer sur la valeur de la paix
Dans sa “Chronique du bain”, Kundō Koyama fait du “yudō”, la « voie du bain », un pilier de la culture japonaise traditionnelle.




