L’art depuis Fukushima

Artistes français et japonais échangent sur l’impact qu’a eu la catastrophe de 2011 sur leur pratique dans le livre “Dans l’oeil du désastre”.

23.08.2021

TexteClémence Leleu

© Editions Thierry Marchaisse

« Il n’y a pas eu simplement un tremblement de terre, il y a eu vraiment un tremblement des valeurs. Donc Fukushima a permis de regarder à l’intérieur de chacun et en même temps a permis de regarder le monde aussi. Qu’est-ce que nous avons fait de ce monde ? Qu’est-ce que c’est que ça ? », voilà ce que confiait Michaël Ferrier, qui signe et dirige l’ouvrage Dans l’oeil du désastre, créer avec Fukushima, au micro de France Culture en mars 2021.

Dans ce livre, l’écrivain et professeur à l’université Chuo de Tokyo, directeur du groupe de recherche “Figures de l’étranger”, réfléchit à la catastrophe du 11 mars 2011 et ses implications culturelles, politiques et artistiques. Pour cela, il fait dialoguer dix artistes japonais, photographes, cinéastes, peintres, performeurs ou encore dramaturges avec leurs pairs français, pour évoquer les changements impulsés par la catastrophe sur leur pratique artistique. Des artistes bien souvent engagés socialement, comme le collectif Chim Pom ou encore Minato Chihiro qui participent, par le biais de ces entretiens, à l’avènement d’un regard tant sur la catastrophe nucléaire en elle-même, que sur la manière dont elle est récupérée politiquement. 

 

Montrer l’invisible

Se pose aussi la question de l’invisibilité de ce drame. En somme : comment montrer ce que l’on ne peut pas voir. Comment montrer, représenter artistiquement la radioactivité, absolument invisible ? Une problématique qui questionnait déjà Akira Kurosawa, notamment dans son film Rêves (1989), série de courts-métrages où l’on assiste à l’explosion d’une centrale et aux questionnements de la colorisation d’un nuage radioactif. 

Enfin, Dans l’oeil du désastre, créer avec Fukushima, soulève aussi les conséquences plus pratiques qu’a engendré ce drame sur le monde de l’art : une censure tout d’abord, non frontale mais qui se distille çà et là, ainsi que l’évoquent les artistes. Mais aussi le bouleversement des modes de financement, de plus en plus d’artistes engagés contournant les canaux traditionnels pour se tourner vers le financement participatif. Un ouvrage riche, porté par une pluralité de regards, qui poursuit le travail initié par Michaël Ferrier sur la catastrophe de Fukushima puisqu’il a signé, en 2012, Fukushima, récit d’un désastre. 

 

Dans l’oeil du désastre, créer avec Fukushima (2021), un ouvrage par Michaël Ferrier publié aux éditions Marchaisse.