Un manga à suspense illustre la face sombre de la jeunesse japonaise

Shuzo Oshimi utilise les codes du modernisme français pour dépeindre l'horreur des émotions emprisonnées en nous dans “Les Fleurs du Mal.”

14.03.2021

TexteMiranda Remington

Avec l'aimable autorisation de Ki-oon.

Dans Aku no Hana – ou Les Fleurs du Mal – un manga publié en 2009 dans Bessatsu Shonen Magazine, chaque portrait met le public en émoi, l’entraine dans un univers mystérieux et inquiétant. Le thriller psychologique de Shuzo Oshimi se déroule dans une petite ville et relate la crise qui gagne un adolescent après qu’il se soit emparé des vêtements de gym de la fille qui l’attire au lycée. Avec un sens du réalisme relativement sophistiqué, l’auteur montre que la véritable horreur réside dans notre environnement immédiat. Un sentiment confirmé par le titre directement issu de l’oeuvre de Charles Baudelaire.

L’artiste de manga, honoré par de multiples récompenses, Shuzo Oshimi, qui écrit pour Kodansha depuis le début des années 2000, explore le passage à l’âge adulte dans le contexte japonais et ce, à partir de ses propres expériences. L’environnement des Fleurs du Mal est inspiré de sa ville natale dans la Préfecture de Gunma, tandis que Kasuga, le protagoniste tourmenté, ressemble à Shuzo Oshimi lui-même, dans un genre qui se rapproche de la littérature qu’il apprécie — des surréalistes européens tels André Breton ou Max Ernst.

 

Illustrer l’existentiel

De subtils détails visuels présents dans Les Fleurs du Mal illustrent le sentiment d’anxiété face aux pressions sociétales ou aux désirs les plus inatteignables. Le quotidien en apparence simple d’un adolescent japonais ralentit parfois jusqu’à le broyer, laissant sentir que quelque chose de violent se déroule dans son dos. Puis, surgissent de nulle part d’effrayantes entités abstraites — de monstrueuses fleurs borgnes émergent de l’obscurité, une référence directe aux peintures cauchemardesques du post-impressionniste français Odilon Redon. Au moment où nous sommes complètement piégés dans le réalisme psychologique de l’histoire, l’imagerie surréaliste jaillit des personnages.

L’œuvre a été adaptée en un film d’animation en 2013, dans lequel le réalisateur Hiroshi Nagashima souhaitait honorer la philosophie de Shuzo Oshimi en utilisant des techniques de rotoscopie. Le film est en format court en raison de son extrême difficulté de production, de la controverse véhiculée par ses messages antisociaux — de perversion et de solitude — et de son esthétique expérimentale. Mais il a néanmoins permis d’apporter une densité à l’atmosphère du récit. En définissant l’inconfort dans la vie sociale japonaise, dans toute sa complexité, Shuzo Oshimi occupe une place unique dans les mangas d’horreur japonais, parmi d’autres modernistes tels que Junji Ito et Suehiro Maruo.

 

Les Fleurs du Mal (2009) de Shuzo Oshimi, publié en français par Ki-oon.

 

Avec l'aimable autorisation de Ki-oon.

Avec l'aimable autorisation de Ki-oon.

Avec l'aimable autorisation de Ki-oon.

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