“Journal japonais”, l’ouvrage de haïkus de Richard Brautigan
L’écrivain phare de la “Beat Generation” signe un carnet de voyage intégralement composé de ces petits poèmes en trois strophes.

© Le Castor Astral
La relation de Richard Brautigan avec le Japon n’est pas des plus apaisées. C’est d’ailleurs l’écrivain, originaire du Montana, né en 1935 et représentant de la Beat Generation, qui le confie de lui-même dans la longue introduction de son ouvrage Journal japonais, paru en 1978 aux États-Unis, avant sa traduction en langue française en 1993.
Disons que la rancœur de l’auteur du livre Un privé à Babylone (1977) est tenace. Son oncle adoré, Edward, a été tué par les soldats nippons pendant la guerre. Ce qui a valu à l’archipel l’inimitié de Richard Brautigan pendant de longues années, avant que celui-ci ne se réconcilie avec le Japon grâce aux ouvrages de Basho, un des maîtres de haïkus du XVIIème siècle.
Il emprunte à Basho ces courts poèmes, se déjouant des rigueurs de style, notamment en faisant disparaître la mention des saisons, pourtant incontournable de cet exercice de poésie nippone. C’est ainsi que naît Journal japonais, un recueil de haïkus de 90 pages sous forme de carnet de voyage de celui que l’on surnomme The last of the Beats. Arrivé pour la première fois sur le sol japonais en mai 1976, Richard Brautigan y passera sept semaines.
« Concentrer l’émotion, le détail et l’image »
Silence feutré d’une chambre d’hôtel, bruit de la ville, voyage en taxi, repas dégusté au restaurant… Richard Brautigan observe et dissèque son quotidien nippon avant de le coucher sur le papier en trois strophes. La ville qui semble grouillante et bruyante contraste avec sa solitude d’étranger perdu dans cette société dont il ne maîtrise pas la langue. Ne lui reste alors que la contemplation. « J’aimais cette façon d’utiliser le langage qui consiste à concentrer l’émotion, le détail et l’image jusqu’à obtenir la forme d’un acier semblable à la rosée », note-t-il en introduction de l’ouvrage. Journal japonais est le dernier ouvrage poétique que l’auteur a écrit.
Cet exercice de carnet de voyage mêlé aux haïkus continue d’inspirer les auteurs contemporains comme le dessinateur Florent Chavouet qui publie en 2020 Touiller le miso, un voyage sur les traces du saké, où les haïkus se mêlent aux dessins colorés. Quant à Brautigan, il signe peu après un autre ouvrage, vestige de ses amours japonaises, le recueil de nouvelles Tokyo-Montana Express (1979).
Journal japonais (1978), un livre de Richard Brautigan publié aux éditions Le Castor Astral.
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