Une rare citrouille en pierre de Yayoi Kusama installée à Hakone

L’arrivée de cette sculpture permet de redécouvrir le plaisir d’une promenade au milieu des oeuvres d’art du Musée en plein air de Hakone.

25.06.2026

Texte et photographiesHarold

Yayoi Kusama, “I Am a Pumpkin”, 2013. ©YAYOI KUSAMA, Courtesy of Ota Fine Arts

L’une des rares sculptures en pierre de Yayoi Kusama, I Am a Pumpkin (“Ware wa Kabocha”), est désormais exposée au Musée en plein air de Hakone, dans la ville de Hakone, département de Kanagawa. Installée au cœur d’un vaste espace extérieur luxuriant, l’œuvre dialogue avec le paysage tout en imposant la présence singulière propre à l’univers de Kusama. À cette occasion, retour sur les points forts de ce musée où sculpture et nature cohabitent en permanence.

Un nouvel espace d’exposition pour “I Am a Pumpkin”, orné de mosaïques à pois

Les espaces d’exposition extérieurs du Musée en plein air de Hakone. Les expositions temporaires et les œuvres permanentes peuvent être découvertes en 1h30 à 2h, mais pour profiter pleinement des sculptures extérieures, du café et du bain de pieds, mieux vaut prévoir une demi-journée et prendre le temps de flâner.

Depuis la gare de Hakone-Yumoto, le musée se situe à une quarantaine de minutes de train de montagne. Après avoir traversé la zone de Kowakudani, la ligne serpente entre les collines et laisse apparaître, côté droit, un paysage où des sculptures ponctuent une douce pente verdoyante. Ouvert en 1969, le Musée en plein air de Hakone est le premier musée d’art en extérieur du Japon. Sur près de 70 000 m² d’espaces d’exposition en plein air, environ 120 œuvres d’art moderne et contemporain sont installées en permanence, signées notamment Auguste Rodin, Henry Moore ou encore Joan Miró.

En franchissant l’entrée et en avançant vers la place circulaire, le regard se déploie sur un vaste panorama des montagnes de Hakone. La nouvelle installation de I Am a Pumpkin se situe juste avant le Pavillon Picasso, dans une zone attenante au The Hakone Open-Air Museum Café & Log Plaza “Kitoki”. Le sol y est recouvert de mosaïques à pois aux couleurs vives, tandis que la végétation et le paysage environnant ont été soigneusement composés pour entrer en résonance avec l’œuvre.

La première sculpture en pierre de Yayoi Kusama, porteuse du message « l’amour est éternel »

Yayoi Kusama, “I Am a Pumpkin”, 2013. ©YAYOI KUSAMA, Courtesy of Ota Fine Arts. Jusqu’en 2025, “I Am a Pumpkin” était exposée dans le cadre de la “Marunouchi Street Gallery” à Tokyo, supervisée par la Fondation culturelle du Musée en plein air de Hakone. Avec son entrée dans la collection du musée, l’œuvre a quitté les tours de bureaux de Marunouchi pour rejoindre la verdure de Hakone.

Depuis sa série de “soft sculptures” réalisées à partir de tissus en 1962, Yayoi Kusama a exploré une grande diversité de matériaux. Cette œuvre marque cependant sa toute première sculpture en pierre, un jalon important dans son parcours. La citrouille, motif récurrent chez Kusama, est bien plus qu’un simple sujet : elle agit comme un double de l’artiste elle-même. Elle porte également un message contre la guerre et pour la paix, ainsi que l’idée selon laquelle  « l’amour est éternel ». Il s’agit aujourd’hui de la seule sculpture en pierre de Kusama visible au Japon.

Le nouvel espace de repos aménagé aux environs de l’œuvre. “I Am a Pumpkin” apparaît à l’arrière-plan à gauche. Le bâtiment à droite abrite The Hakone Open-Air Museum Café au rez-de-chaussée et l’espace Log Plaza “Kitoki” au premier étage.

Un nouvel espace a également été créé pour accompagner l’installation de I Am a Pumpkin : une zone de bancs située à proximité de l’œuvre. Le projet architectural est signé par le cabinet TORAFU ARCHITECTS, à l’origine notamment des espaces Log Plaza “Kitoki” et Forest Footbath au sein du musée. Pensé comme « un jardin secret clos où l’on peut se confronter seul à l’œuvre de Yayoi Kusama », l’espace permet de s’asseoir et de contempler la sculpture dans une atmosphère filtrée par la lumière des arbres. Les bancs, légèrement enfoncés dans le sol, s’intègrent au paysage et donnent la sensation de se fondre dans la nature.

Yayoi Kusama, “Pumpkin”, 2017. ©YAYOI KUSAMA, Courtesy of Ota Fine Arts

Le café et le Log Plaza “Kitoki” au premier étage méritent également une visite. Dans le cadre d’un projet spécial, une installation liée à Yayoi Kusama y est présentée pour une durée limitée (jusqu’au 1er novembre). Des ballons rouges et blancs en forme de citrouilles occupent l’espace, tandis que les pois emblématiques de l’artiste envahissent l’environnement, créant une immersion totale. Le Log Plaza “Kitoki” accueille par ailleurs un mobilier sculptural réalisé à partir de bois d’éclaircie provenant de Hakone. Les formes organiques du bois dialoguent de manière inattendue avec les motifs à pois de Kusama.

Une scénographie en mouvement, à chaque pas le paysage se transforme

Niki de Saint Phalle, “Miss Black Power”, 1968. Cette sculpture appartient à la série monumentale des “Nanas”, grandes figures féminines réalisées en plastique renforcé de fibres de verre (FRP). Avec l’aimable autorisation du Musée en plein air de Hakone.

Dans les vastes espaces extérieurs du musée, les œuvres sont disséminées au sein d’un paysage modelé par le relief de Hakone. En traversant les pelouses et les bosquets, la perspective change continuellement, offrant à chaque détour une nouvelle mise en relation entre art et nature — l’un des charmes essentiels du lieu.

Miss Black Power de Niki de Saint Phalle est une sculpture monumentale de cinq mètres de haut représentant une figure féminine. Vêtue d’une robe éclatante mêlant blanc, rouge et jaune, elle se dresse avec puissance sur fond de verdure. À l’inverse, Close III d’Antony Gormley représente une figure humaine étendue au sol, bras et jambes écartés. Si la sculpture évoque une force corporelle primitive, sa posture vulnérable lui confère également une dimension ironique.

Giuliano Vangi, “A Grand Story”, 2004. À l’arrière-plan, sur la gauche, apparaît “Wind’s Impression” (1979) de Masayuki Nagare.

A Grand Story du sculpteur italien Giuliano Vangi, en marbre blanc, se détache sous le ciel bleu. Des figures humaines — un homme recroquevillé dans une grotte, un couple enlacé — y esquissent une réflexion sur l’existence et les récits de la vie humaine.

Du Pavillon Picasso au Forest Footbath : un week-end artistique à Hakone

Le Pavillon Picasso et “La Fleur qui marche” (1952) de Fernand Léger.

Au-delà des sculptures en plein air, les espaces intérieurs comme le Pavillon Picasso ou le Art Hall valent aussi le détour. Le Pavillon Picasso présente actuellement l’exposition Picasso’s Driving Force, qui explore les moteurs de la création de l’artiste. Environ 130 œuvres — céramiques, peintures et tapisseries — y sont exposées. Dans la section “Masterpiece Collection” du Art Hall, sont présentés des travaux de Modigliani, Giacometti, mais aussi de sculpteurs japonais comme Fumio Asakura et Yasutake Funakoshi.

Le Forest Footbath, conçu par TORAFU ARCHITECTS et le cabinet Shinji Sonoda Architects. Un espace de “teyu”, bain thermal pour les mains, permet également de profiter plus facilement des eaux de source.

Ce qui frappe en parcourant le musée, c’est la présence des enfants, qui évoluent librement au sein des œuvres. Des espaces comme “La forêt de filets” (“Woods of Net”), où l’on peut grimper et jouer dans les structures, ou encore la zone de repos “PockeT.” où l’on peut interagir avec les œuvres invitent à une approche physique de l’art. 

Après la visite, le Forest Footbath, rénové en 2024, offre un moment de repos. En trempant les pieds dans la source naturelle du site, face aux montagnes environnantes, l’expérience trouve une forme de conclusion apaisée, typique de Hakone.

Yayoi Kusama – “I Am a Pumpkin”

Musée en plein air de Hakone

Adresse : 1121 Ninotaira, Hakone-machi, district d’Ashigarashimo, département de Kanagawa

Horaires : 9h00–17h00 (entrée jusqu’à 16h30)

Ouvert toute l’année

Tarif : 2 000 yens pour les adultes

www.hakone-oam.or.jp/en/