La France et Foujita, une relation passionnelle et prolifique

02.03.2019

WordsManon Baeza

©Fondation Foujita/Adagp, Paris, 2018

À travers son tableau Mon intérieur à Paris ou Nature morte au réveil-matin réalisé en 1921, Foujita rend directement hommage à la culture populaire française. Avec sa vision frontale qui met en scène quelques-uns de ses objets personnels (lunettes, pipe et parapluie), l’artiste révèle son intimité et revendique, par la même occasion, son appropriation du mode de vie français. Une œuvre dont il fera don en 1952 au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, en signe d’attachement à la France.

Disparu il y a un demi-siècle déjà, Tsugouharu Foujita ne cesse d’envoûter le monde de l’art contemporain. En juillet dernier, le musée Maillol rendait hommage à l’artiste à travers une rétrospective composée d’une centaine d’œuvres qui retraçaient vingt ans de sa carrière. Cette année, dans le cadre de la saison “Japonismes 2018”, la Maison de la Culture du Japon a souhaité célébrer le travail de l’artiste franco-japonais en ouvrant ses portes à l’exposition  “Foujita, Œuvres d’une vie (1886-1968)”, à visiter jusqu’au 16 mars prochain. L’occasion de (re)découvrir son amour voué à la France en 37 œuvres et ainsi de prendre conscience de son rapport intime et prolifique au pays qui l’animera tout au long de sa carrière.

Né en 1886, Foujita pose ses valises à Paris en 1913, après avoir terminé ses études au Japon. Dès son arrivée, l’artiste s’impose par sa connaissance pointue de l’art occidental et intègre très vite l’École de Paris, qui participe à l’aventure de l’art moderne. Dans ses premières compositions, il dénote en peignant la banlieue parisienne à la manière du Douanier Rousseau. Une peinture que la critique perçoit comme “une adaptation moderne du style japonais“.

C’est à cette même époque qu’il commence à connaître un succès d’estime en exposant pour la première fois à la galerie Chéron, qui présentait également des artistes tels que Modigliani et Soutine. Deux artistes qui deviendront par la suite des amis proches, avec qui il emménagera au sein de la cité Falguière, berceau de la bohème artistique de Montparnasse du XIXème siècle. Dandy parisien, Foujita amorce donc sa carrière dans son pays d’adoption qui se révèlera être une source d’inspiration constante tout au long de sa vie, comme en témoignent plusieurs de ses œuvres.

En 1922, Foujita peint Nu à la toile de Jouy qui représente Kiki de Montparnasse, icône et célèbre muse pour les artistes des Années folles vivant à Paris. Un tableau qu’il offrira au m.a.m de Paris en 1961 et qui amènera la critique à le qualifier de “peintre francisé pour les Japonais et de pur Japonais vis-à-vis des Occidentaux“, explique l’exposition. Star incontestée de l’École de Paris, Foujita prend également pour modèles Anna de Noailles ou encore Suzy Solidor, figures de proue de la scène artistique parisienne des années 1920.

Attiré depuis toujours par la France – comme le démontre sa toile Au café qui évoque un Paris des années 1900 qu’il n’a pas connu – Foujita ira jusqu’au bout de ses convictions en obtenant la nationalité française en 1955, renonçant ainsi à sa nationalité japonaise. Par ailleurs, en 1956, l’artiste se convertit au catholicisme et change de prénom pour Léonard en l’honneur de Léonard de Vinci et Léonard Kimura, un martyr japonais. Ce prénom de baptême deviendra la signature de ses œuvres. Léonard Foujita sera finalement récompensé par la Légion d’Honneur en 1957, acmé de sa carrière d’artiste devenu français.

©Fondation Foujita/Adagp, Paris, 2018

©Fondation Foujita/Adagp, Paris, 2018

Maison de la Culture du Japon

101 bis Quai Branly, 75015 Paris

Jusqu'au 16 mars 2019

www.mcjp.fr/fr/agenda/foujita