La revue “Provoke” bouscule les codes de la photographie
Editée entre 1968 et 1969 pour seulement trois numéros, cette publication entend traduire en images l’onde de choc qui secoue alors le pays.

© BAL
1er novembre 1968, 10 mars 1969 et 10 août 1969. La publication de la revue aussi marquante qu’éphèmère Provoke n’aura duré que trois numéros. Une existence courte mais suffisante pour marquer son temps et influencer le travail de la photographie nippone à venir.
Lancée par les photographes Takuma Nakahira, Daido Moriyama et Yukata Takanashi, le poète Takahiko Okada et le critique Koji Taki, la revue ambitionne, comme l’affiche clairement son sous titre Shiso no tame no chohatsuteki shiryo (« matériaux provocants pour la pensée »), de bousculer les codes de représentation par l’image et créer un nouveau langage pour la pensée. « Brut, flou et granuleux » est sa devise, précisent ses créateurs dans le premier numéro.
Accompagner les soulèvements populaires
La revue Provoke se lance à une époque où le Japon est en proie à de nombreuses contestations populaires : l’implantation de bases militaires américaines sur l’île d’Okinawa, l’augmentation des frais à l’université pour les étudiants et le projet d’ouverture d’un second aéroport à Tokyo qui aura pour conséquence l’expropriation de nombreux habitants. Les Japonais sont dans les rues, les face-à-face avec la police se multiplient. Les photographes de Provoke souhaitent alors délaisser la neutralité photographique jusqu’alors érigée en norme suprême, pour laisser place à des images subjectives, prises sur le vif, parfois dans des conditions difficiles, rendant certains clichés presque difficilement lisibles.
Voitures en feu ou accidentées, rassemblements de protestataires et portraits en plan très serrés des manifestants, les clichés sont bruts et portés à l’intérieur de la revue par un graphisme fort, notamment via le jeu des juxtapositions, des collages et d’une écriture qui porte le récit en images.
Un magazine qui retranscrit l’onde de choc qui secoue la rue et qui s’inscrit dans un paysage artistique lui aussi en pleine mutation : c’est notamment à cette période qu’explose le mouvement Fluxus ou le Gutai, dont les artistes investissent les espaces publics pour y livrer actions et performances.
Provoke: Between Protest and Performance. Photography in Japan 1960-1975 (2016), est un livre édité par le BAL pour en savoir plus sur la revue.

© BAL

© BAL
LES PLUS POPULAIRES
-
Un artisanat ancré dans la nature et les paysages du quotidien d’Okinawa
Ai et Hiroyuki Tokeshi emploient du bois d'Okinawa, très contraignant, en héritiers d'une tradition locale du travail du bois et de la laque.
-
Yoichi Ochiai, l'artiste à l'origine du pavillon de “media art” de l'Exposition universelle d'Osaka 2025
Lauréat des Pen Creator Awards 2025, il revient en interview sur son œuvre immersive qui traduit en art l’expérience de la « Digital Nature ».
-
« Voir ceux de mon âge, ou plus jeunes, réussir me rend nerveux »
Dans “Guide de survie en société d'un anti-conformiste”, l'auteur Satoshi Ogawa partage ses stratégies pour affronter le quotidien.
-
“All about Lily Chou-Chou”, fanatisation et rapport au réel
Co-scénarisé par une communauté en ligne, ce film de Shunji Iwai met en scène une pop-star devenue le repère d'une jeunesse déboussolée.
-
Sanbonmatsu-yu, un “sentō” où méditer sur la valeur de la paix
Dans sa “Chronique du bain”, Kundō Koyama fait du “yudō”, la « voie du bain », un pilier de la culture japonaise traditionnelle.




