Immortaliser la brutalité du “Japanoise”

A la recherche de sensations extrêmes, “Underground GIG” du photographe Gin Satoh capture la musique live dans sa dimension la plus violente.

30.04.2021

TexteMiranda Remington

“The Stalin” (1984). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

Déstructurant et déformant la musique électronique de manière brutale et violente, le « noise » représente la marque japonaise du punk. Les photographies de Gin Satoh compilées dans Underground GIG Tokyo 1978-1987 révèlent les visages des musiciens, artistes et autres personnalités excentriques qui se sont rassemblés dans l’obscurité lors d’une période légendaire de cette sous-culture. Révolutionnant l’utilisation commerciale de la technologie à la fin des années 1970 pour produire des armes soniques, les techniques de « Japanoise » — comme elles sont nommées par les fans occidentaux — ont fait de ce son amplifié hurlant un nouveau genre de musique porté par sa dimension chaotique. Au-delà d’un refuge face à une culture pop hétéronormative, il s’agissait d’une réponse nécessairement viscérale au changement technologique qui se produisait alors.

Né à Sendai et actuellement basé à Tokyo, Gin Satoh est au cœur d’un vortex de personnalités délurées associées à la culture expérimentale japonaise. Outre ses « portraits en action » d’Iggy Pop, il est reconnu pour ses œuvres dédiées aux débuts énigmatiques de Keiji Haino dans Watashi Dake. À l’origine disciple du célèbre photographe rock Bob Gruen, il est aujourd’hui comparé à Daido Moriyama et Katsumi Watanabe en tant que chroniqueur majeur du Japon d’après-guerre. Gin Satoh a également publié une édition Koenji d’Underground GIG documentant la scène punk de Tokyo, et continue d’exposer son travail à l’international.

 

Les limites de la perception

En noir et blanc, envahies par les cheveux, le maquillage sombre et la sueur des modèles, ces photographies offrent une documentation visuelle rare d’un monde rugueux, loin de la fantaisie et de l’élégance propres au Japon des années 1980. En plus de capturer ses groupes préférés tels Les Rallizes Denudes et Friction, Gin Satoh a photographié la musique live dans sa dimension la plus extrême. Ici, les musiciens ont repoussé leurs limites en défiant les normes internationales — les photographies de Gin Satoh présentent notamment le célèbre épisode lors duquel un membre de Hanatarash (connu aujourd’hui comme un membre de Boredoms Yamataka EYE) a détruit un espace au volant d’un bulldozer.

Nourri par le punk, la science-fiction, et la menace d’un danger réel, Underground GIG archive une culture expérimentale de pointe. David Novak, auteur de Japanoise: Music at the Edge of Circulation , analyse l’attrait pour cette performance sonore des deux côtés de l’Atlantique comme formant un circuit international dynamique d’auditeurs et de créateurs. Quant à Gin Satoh, il réussit à capturer l’essence même de ce mouvement en détaillant les moments clés où ces expressions sonores brutales ont été offertes au public.

 

Underground GIG Tokyo 1978-1987 (2019), un livre de photographies de Gin Satoh disponible sur SLOGAN books.

“Hanatarash” (1985). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Les Rallizes Denudes” (1981). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“The Star Club” (1983). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Kyah” (1985). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Keiji Haino” (1987). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Gauze” (1982). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Speed” (1979). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Friction” (1979). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Hijokaidan“ (1985). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.

“Foule devant le Shinjuku ALTA” (1985). Avec l'aimable permission de Gin Satoh.