Dans “Hotaru”, William Laboury interroge le sens de notre mémoire collective
Le court-métrage disponible en ligne met en scène une jeune fille dépositaire des souvenirs de la Terre envoyée dans l’espace.

Image tirée du court-métrage “Hotaru” représentant ses deux principaux personnages.
Puisque, dans les années 1970, des scientifiques ont envoyé dans l’espace à bord de la sonde Voyager une centaine de photographies représentatives de la Terre pour informer de potentiels extraterrestres de l’existence humaine, une personne ne pourrait-elle pas se substituer aux cartes mémoires ? C’est le postulat de Hotaru, film de fin d’études à la FEMIS de William Laboury, produit en 2015. On y découvre Martha, une jeune fille hypermnésique qui se souvient de tout et constitue donc une ambassadrice idéale de la mémoire de l’humanité. Mais comment faire sens de toutes ces données ?
« Pour moi, la réponse à cette question, c’est le montage », nous explique William Laboury. « Le montage, dans n’importe quel film, c’est donner du sens, trouver une émotion dans une masse infinie de possibilités. Pour Martha aussi. Toute sa mémoire va prendre sens en se structurant autour d’un seul souvenir, celui de son premier amour ».
Un film fait de contenus trouvés sur internet

Image tirée du court-métrage “Hotaru” montrant du contenu issu d'internet.
Ce premier amour est un jeune japonais, Hotaru, que Martha rencontre la veille de son départ, sur l’île de Tanegashima où se trouve une des deux bases de lancement japonaises. Le souvenir de la soirée passée ensemble et de leur romance balbutiante va peu à peu parasiter la mémoire de l’adolescente, maintenue dans un sommeil artificiel dans la sonde qui erre à travers l’espace.
Martha n’arrive plus à convoquer les milliers d’images qu’on a fait imprimer à son cerveau et ne répond plus correctement aux tests que différents scientifiques restés sur Terre lui font passer à plusieurs années d’intervalle. Parmi les cartes postales qu’elle a mémorisées se retrouvent des paysages de soleil couchant sur des plages. Ces plans sont issus de vidéos Youtube ou du logiciel d’exploration Google Earth, dont William Laboury s’est servi pour questionner notre rapport à internet et à ses réserves illimitées de savoir.
C’est Chris Marker qui a inspiré William Laboury pour Hotaru. « Ses films m’ont donné confiance dans le fait qu’on peut raconter une histoire à partir de n’importe quelle image, que rien n’est interdit, tout est possible », confie le réalisateur. « Sans cette inspiration, je n’aurais pas osé faire un film de science-fiction à partir de vidéos Youtube, quasi sans budget ».
Un usage des nouvelles technologies récompensé

Image tirée du court-métrage “Hotaru”, où l'on voit à l'oeuvre la digitalisation de l'un des acteurs.
Les seules scènes jouées dans le court-métrage sont celles de la rencontre entre Martha et Hotaru. Comme si les rapports humains ne pouvaient être synthétisés génériquement. Grâce à un scanner 3D, l’interprète de Hotaru a été digitalisé de manière à pouvoir fragmenter ses traits et reproduire de manière imagée un souvenir qui commence à s’effacer. Les scènes de sommeil de Martha ont aussi été tournées en conditions réelles par l’actrice qui enclenchait une caméra infrarouge avant de se coucher. Le réalisateur tenait à ce que les micro-mouvements du rêve ne sonnent pas « faux ».
Hotaru a reçu entre autres le prix spécial du Jury Labo du Clermont-Ferrand Film Festival et le Swann d’Or du Festival du film romantique de Cabourg. William Laboury s’est par la suite notamment distingué en tant que directeur artistique sur la série Mortel produite par Netflix et en tant que réalisateur de films fantastiques. L’intrigue de son court-métrage YANDERE (2019) se déroule autour des romances virtuelles qui font fureur au Japon, où les petites amies prennent la forme d’hologrammes.
Hotaru (2015), un court-métrage réalisé par William Laboury et disponible sur son site internet.

Image tirée du court-métrage “Hotaru” et représentant le personnage principal.

Image tirée du court-métrage “Hotaru” et représentant un de ses personnages principaux.

Storyboard du court-métrage “Hotaru”. Credit: Margaux Remaury.

Image tirée du court-métrage “Hotaru” et représentant la scène de rencontre des deux personnages principaux.

Image tirée du court-métrage “Hotaru” et montrant la romance entre les deux personnages principaux.
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