“Inu-Oh”, la saga d’anime rock-médiéval de Masaaki Yuasa
Le grand studio d'anime Science SARU réinvente les traditions du Japon féodal à travers un opéra rock dans son long-métrage de 2022.

© 2021 “Inu-Oh” Film Partners
Dans une époque marquée par l’instabilité politique et ce, des siècles après les guerres civiles de l’ère Heian au XIIe siècle, nombre de « prêtres conteurs aveugles » parcourent le pays avec leur luth biwa, en quête de vérité sur les raisons du déclin du clan Heike. Le film d’animation Inu-Oh de Masaaki Yuasa raconte l’histoire de l’un d’entre eux, Tomona, et de sa rencontre avec Inu-Oh, un garçon masqué au corps difforme qui s’avère être un danseur extraordinairement doué.
À rebours de l’art conservateur promu par le gouvernement du shogunat, le duo crée une performance radicale qui choque le public — à travers un show spectaculaire de heavy-rock, ils produisent un puissant récit qui est aussi renversant pour le shogunat, les paysans et les aristocrates médiévaux que pour le public contemporain attaché à Inu- Oh depuis sa première au 78e Festival international du film de Venise. Basé sur l’adaptation moderne de textes médiévaux du romancier Hideo Furukawa, le film réinterprète l’histoire classique du Japon dans une animation kaléidoscopique — le résultat est une épopée, sous forme d’opéra-rock, qui remue un passé lointain.
Le metal au Moyen Âge
Le film porte la marque de Science SARU — un studio également à l’origine de succès internationaux comme Devilman Crybaby (2018) et Japan Sinks: 2020 (2020) —, à savoir une expérimentation visuelle surprenante et singulière. Dans une industrie exigeante, qui rationalise souvent ses techniques, les représentations en constante évolution de Masaaki Yuasa se veulent une expérience permettant d’explorer les véritables limites de l’expression.
Dans Inu-Oh, au fil de l’accélération du rythme — sonore —, les images se meuvent et explosent entre des illustrations dessinées à la main et des techniques 3D, associant de la musique de cour médiévale à des riffs biwa heavy-metal ou des voix J-rock, et des palettes de couleurs traditionnelles. Le tout, dans un esprit pop-psychédélique. Inu-Oh revisite les récits fondamentaux de la culture japonaise et présente ses moments phares à un public international tout en y intégrant des symboles extravagants de la culture japonaise contemporaine. Renvoyant aux affrontements artistiques de Tomona et Inu-Oh face au shogunat, l’approche singulière de Masaaki Yuasa interroge ce que signifie donner vie à une illustration et ce, en dépit du poids de l’histoire.
La danse des damnés
À la manière de ce que Science SARU avait réalisé avec The Heike Story, Inu-Oh s’appuie sur l’un des plus grands classiques de la littérature japonaise, Le Dit des Heike (Heike Monogatari), transmis oralement depuis la fin du XIIème siècle. L’histoire — qui est bâtie autour de la dimension musicale de la production —, est imprégnée de l’esthétique d’une époque où le Japon traversait un profond bouleversement culturel.
Les représentations traditionnelles de nô et de kyogen y sont mises en scène dans leur beauté monolithique, tandis que l’art populaire du sarugaku (littéralement « musique du singe ») — une forme de cirque qui a réellement été joué par un artiste prénommé Inu-Oh, et très populaire dans le Japon du XIVème siècle —, est développé au fil de performances impromptues. Les références traditionnelles, reproduites avec minutie, se heurtent avec humour aux excentricités d’un Japon moderne et ouvert au monde, à travers des références au Visual kei ou des chorégraphies hip-hop, côtoyant des protagonistes ouvertement queer. Le récit musical de Tomona et Inu-Oh interroge la manière dont l’histoire est écrite et comment certaines vérités sont censurées. Livré avec brio, et la théâtralité propre au heavy-rock, ce classique séculaire est réveillé pour mettre une nouvelle fois en lumière les pouvoirs émancipateurs de la musique et de l’art.
Inu-Oh (2022), un film d’animation réalisé par Masaaki Yuasa et distribué par GKIDS.

© 2021 “Inu-Oh” Film Partners

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