La vieillesse se dévoile dans l’ouvrage illustré “Otoshiyori”
Dans un livre aux airs de carnet de voyage en terre senior, la dessinatrice Isabelle Boinot illustre le quotidien des personnes âgées.

© Isabelle Boinot
Au Japon, en 2020, 28 % de la population avait plus de 65 ans. Ce sont à ces seniors de plus en plus nombreux, dans un pays où la natalité baisse d’année en année, que l’illustratrice Isabelle Boinot a décidé de s’intéresser. Dans son ouvrage Otoshiyori, trésors japonais, elle croque les silhouettes parfois voûtées, souvent accompagnées d’un animal de compagnie, de ces personnes âgées qui déambulent dans les rues commerçantes ou attablées dans des kissaten, ces cafés surannés, en voie de disparition.
« Débarrassés de la charge de faux-semblants que l’on s’impose presque toute une vie durant pour coller à la norme du moment ou bien pour s’en distinguer coûte que coûte, les otoshiyori ont l’air d’être vraiment eux-mêmes, semblables à des nouveaux-nés qui n’ont rien à dissimuler », détaille Isabelle Boinot. « Au fur et à mesure de mes séjours dans l’archipel, j’ai passé de plus en plus de temps à les observer, à repérer leurs habitudes, à les suivre dans la rue, à m’asseoir près d’eux au café. J’ai consigné dans ce livre ces rencontres furtives, petits instantanés subjectifs de la vie quotidienne à Tokyo, Osaka, Kyoto… », poursuit-elle.
Une vieillesse précaire
Otoshiyori, trésors japonais a ainsi des airs de carnet de voyage en pays senior. L’illustratrice narre ses balades et ses rencontres, attentives aux moindres détails qu’elle croque pour corroborer ses propos. On y suit les personnes âgées dans leurs boutiques fétiches, qui sont parfaitement retranscrites par l’illustratrice, du personnel aux clients, en passant par les différents produits proposés à la vente ou la décoration. On prend le métro et le train avec elles, scrutant leurs postures, leurs itinéraires et leurs places réservées. Enfin, l’oeil d’Isabelle Boinot s’attarde sur leur style vestimentaire, croquant les indispensables de tout senior japonais qui se respecte.
Pour autant, les difficultés que peuvent rencontrer les personnes âgées au Japon ne sont pas éludées par l’autrice. Quotidien précaire, nécessité de poursuivre une activité professionnelle passés 70 ans sont aussi mis en lumière dans Otoshiyori, trésors japonais. « Nombreux sont les otoshiyori à devoir, par nécessité financière, rester en activité à 70 ans passés et leur précarité se fait d’autant plus discrète que la pression à ne pas peser sur le reste de la société est forte », précise Isabelle Boinot. Otoshiyori, trésors japonais est ainsi un voyage réel et non fantasmé dans le monde des seniors, qui reste un des défis de la société japonaise.
Otoshiyori, trésors japonais (2022), un ouvrage illustré par Isabelle Boinot publié aux éditions L’Association.

© Isabelle Boinot

© Isabelle Boinot

© L'Association
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