Rencontre avec les dernières chamanes du Japon
La sociologue Muriel Jolivet signe un ouvrage où se mêlent analyse, récit de voyage et interviews de ces femmes aux pouvoirs surnaturels.

© Éditions Véga
Elles se nomment les itako, yuta ou encore noro. Elles sont éparpillées sur tout le territoire japonais, de la septentrionale Hokkaido à la tropicale Okinawa en passant par l’urbaine Tokyo. Ces chamanes, toutes des femmes, sont dotées de pouvoirs spéciaux qui leur permettraient de converser avec les esprits et de guérir les âmes vivantes. Mais souvent, ces figures singulières sont éclipsées dans les récits populaires ou folkloriques par les yokai ou kami, ces esprits plus ou moins malins, chers aux religions bouddhiste ou shintoïste.
La sociologue Muriel Jolivet, installée à Tokyo depuis 1973, a tissé avec elles de précieux liens au fil des années, des rencontres rares qu’elle compile dans son dernier ouvrage Les dernières chamanes du Japon – Rencontre avec l’invisible au pays du soleil levant. On y découvre alors la mythologie qui entoure ces femmes mais aussi leur statut spécial dans la société nippone, tant leur rôle qui confine au divin les place en marge de celle-ci.
Des femmes « trésor national vivant »
Ces femmes guérisseuses et chamanes entrent en contact avec les défunts, guident les âmes vers le ciel, épurent de par leur présence les lieux maudits. Mais elles sont également souvent sollicitées pour intervenir dans des enquêtes policières, ou par des psychiatres afin de savoir si une pathologie relève de la psychiatrie ou de la possession par un esprit. Les dernières chamanes du Japon donne à lire les parcours de ces chamanes, dont certaines ont reçu le titre de trésor national vivant. On découvre alors les récits de vie de Sakae Sadae San, 79 ans, Higo Keiko, 80 ans, ou encore Sachiko, 72 ans, qui reviennent sur la découverte de leurs dons et pouvoirs et qui évoquent également la disparition progressive des chamanes dans l’archipel, conscientes d’être les dernières représentantes d’un monde presque surnaturel.
Les dernières chamanes du Japon permet à la fois aux lecteurs de voyager dans tout le pays, de découvrir le monde des esprits que chérissent ses habitants, et de saisir à quel point les fantômes se cachent partout dans l’archipel, des scènes de théâtre nô ou kabuki, aux minéraux, arbres, ou objets inanimés. Et comme le rappelle Muriel Jolivet en préambule de son ouvrage : « Au Japon, on ne se pose pas la question de savoir si les fantômes existent… on vit et on danse avec ! »
Les dernières chamanes du Japon – Rencontre avec l’invisible au pays du soleil levant (2021), par Muriel Jolivet, publié aux éditions Véga.
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