Shirahata-no-Yu, un bain brûlant à Kusatsu qui vide l’esprit

Dans sa “Chronique du bain”, Kundō Koyama fait du “yudō”, la « voie du bain », un pilier de la culture japonaise traditionnelle.

21.04.2026

TexteKundō Koyama PhotographiesAlex Mouton

Le scénariste Kundō Koyama milite pour la reconnaissance du yudō, la « voie du bain », au même titre que le sadō, la voie du thé ou le kadō, la voie des fleurs, comme élément fondamental de la culture japonaise traditionnelle. Il se plonge à travers tout le Japon dans différents types de bains, des sources chaudes (onsen) aux bains publics (sentō) en passant par les baignoires domestiques. Dans chaque numéro de Pen, il consigne ses voyages dans sa « Chronique du bain ».

Shirahata-no-Yu (ville de Kusatsu, département de Gunma)

Kundō Koyama se baignant au Shirahata-no-Yu.

Kusatsu Onsen compte parmi les trois stations thermales les plus célèbres du Japon. Longtemps, la destination a été perçue comme un lieu fréquenté principalement par une clientèle âgée, qui représentait jusqu’à 70 % des visiteurs. L’image d’une ville thermale traditionnelle, presque désuète, lui est longtemps restée attachée.

Un tournant s’opère il y a une quinzaine d’années, lorsque le maire Nobutada Kuroiwa propose une nouvelle vision pour la ville, tournée vers le siècle à venir. La revalorisation des abords du Yubatake, la construction de l’Onsen Gate et l’engagement collectif des propriétaires d’auberges, en grande partie des femmes, transforment profondément le paysage. Aujourd’hui, près de 70 % des visiteurs appartiennent aux jeunes générations, et Kusatsu a franchi pour la première fois de son histoire le seuil des quatre millions de visiteurs annuels.

La ville compte 19 bains publics accessibles gratuitement aux habitants. Parmi eux, trois sont également ouverts sans frais aux visiteurs. Le Shirahata-no-Yu, situé à deux pas du Yubatake, se distingue autant par son emplacement que par la qualité de ses eaux.

Le nom “Shirahata”, littéralement « drapeau blanc », ferait référence à Minamoto no Yoritomo, qui se serait baigné ici, en écho à l’emblème du clan Minamoto. Dans les faits, une fois plongé dans le bain, la chaleur est telle qu’elle donne surtout envie de hisser le drapeau blanc en signe de reddition.

L’établissement comprend en théorie deux bassins, l’un plus chaud, l’autre plus tempéré. Mais en réalité, tous deux sont d’une chaleur extrême. La source jaillit à 51 °C. Si le service thermal de la ville recommande une immersion à moins de 44 °C, les habitués savent que la température descend rarement en dessous de 46 °C.

Dans la pratique du yudō, le bain se prend généralement en silence, dans une forme d’introspection où les pensées se déploient librement. Ici, ce luxe n’existe pas. La chaleur exige une attention totale, jusqu’à vider l’esprit de toute pensée.

Et pourtant, une fois à l’air libre, la sensation du corps qui se refroidit au contact de la brise est saisissante. À la différence d’un sauna, ce n’est pas seulement le corps qui se trouve régénéré, mais aussi l’esprit.

Aujourd’hui, Kusatsu Onsen, enveloppée d’un romantisme hérité de l’ère Taishō et d’un charme rétro propre à l’époque Shōwa, attire une nouvelle génération venue chercher un répit face à la fatigue du monde contemporain.

Shirahata-no-Yu

Adresse : 112-1 Kusatsu, ville de Kusatsu, district d’Agatsuma, département de Gunma

Téléphone : 0279-88-0800

Horaires : 8h00–23h00

Fermeture : ouvert toute l’année

www.kusatsu-onsen.ne.jp/kankou/1097.php

À environ 30 minutes en bus de la JR Naganohara-Kusatsuguchi Station. Inauguré en 2023, l’Onsen Gate a contribué à fluidifier une circulation longtemps congestionnée, tout en s’imposant comme une nouvelle porte d’entrée symbolique vers la station thermale, en direction du Yubatake.

Les propriétaires des auberges historiques qui composent le “Wafū Village”. Cet été, elles ont fait revivre le “Himuro no Sekku”, une tradition de l’époque d’Edo où l'on prie pour la bonne santé.