Haruka Ayase, « Je veux saisir chaque émotion du quotidien et interpréter pleinement l’instant présent »

L'actrice a retrouvé le réalisateur Hirokazu Kore-eda pour le film “Sheep in the Box”, prochainement en salles.

28.07.2026

TexteMika Hosoya PhotographiesSakiko Nomura StylismeMana Yamamoto Hair & Make-UpMasako Ide

Haruka Ayase ● Née en 1985 dans le département de Hiroshima, elle fait ses débuts en 2001 avant d'accéder à une immense popularité grâce à la série “Sekai no Chūshin De, Ai o Sakebu” (“Crying Out Love in the Center of the World”, 2004). Parmi ses films les plus récents figurent “Okusama wa, Toriatsukai Chūi” (“Caution, Hazardous Wife”, 2021), “Yes, I Can't Swim” (2022), “The Legend and Butterfly”, “Revolver Lily” (les deux, 2023), “Route 29” (2024) ainsi que “Hito wa Naze Love Letter wo Kakunoka” (“Pourquoi écrit-on des lettres d'amour ?”, 2026).

Près de onze ans après Notre petite sœur (Umimachi Diary), Haruka Ayase retrouve l’univers de Hirokazu Kore-eda, qui n’a cessé d’explorer les liens familiaux au cinéma. Son nouveau film, Sheep in the Box (Hako no Naka no Hitsuji), dont il a écrit le scénario, se déroule dans un futur proche. L’actrice y incarne Otone, une mère qui choisit d’accueillir au sein de sa famille un humanoïde ayant l’apparence de son fils disparu.

« Otone se laisse peu à peu absorber par la présence de cet humanoïde. En lisant le scénario, je me suis davantage identifiée au point de vue de son mari, Ken, qui se demande : “Est-ce vraiment une bonne idée ?” Mais lorsque le réalisateur m’a expliqué qu’en Chine, il existait déjà des entreprises capables de faire “revivre” les défunts grâce à l’IA, cela m’a profondément fait réfléchir. Si un être cher réapparaissait devant moi avec exactement le même visage, comment réagirais-je ? Otone veut construire un nouvel avenir avec ce fils revenu auprès d’elle, tout en sachant qu’au fond quelque chose est différent. L’oscillation permanente entre ces deux sentiments a constitué la partie la plus difficile à interpréter. »

Pour donner vie à ce personnage complexe, partagé entre le deuil et la reconstruction, Haruka Ayase explique avoir beaucoup puisé dans sa relation avec Daigo (du duo comique Chidori), qui incarne son mari, ainsi que dans l’atmosphère propre aux tournages de Hirokazu Kore-eda.

« Avant le début du tournage, le réalisateur avait organisé un moment où Daigo, Rimu Kuwaki, qui joue notre fils humanoïde, et moi avons simplement passé du temps ensemble. Daigo est vraiment impressionnant. Même lorsque la caméra ne tournait pas, il s’adressait naturellement à Rimu en disant : “Papa, tu vois…” C’est moi qui ai mis davantage de temps à réduire la distance et à créer une véritable complicité. Mais une fois le tournage commencé, nous discutions tous les trois avec beaucoup de naturel, et cette atmosphère se prolongeait devant la caméra. Le climat à la fois doux et paisible que crée le réalisateur sur son plateau nous a énormément aidés. C’est peut-être prétentieux de ma part de dire cela, mais en retrouvant Kore-eda après toutes ces années, je l’ai trouvé encore plus serein, avec une vision encore plus affirmée. »

« Aujourd'hui, j'ai envie d'interpréter des émotions que seul mon âge me permet de ressentir »

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Le métier d’architecte d’Otone, ainsi que la maison familiale organisée autour d’un patio central, apportent également une dimension supplémentaire au film.

« On m’a appris à réaliser des maquettes et des dessins d’architecture, et j’ai adoré cette expérience. Le travail d’un architecte consiste à écouter les souhaits de ses clients et à donner progressivement forme à quelque chose qui, au départ, est invisible. Cela demande forcément un long temps de réflexion. Il y a d’ailleurs une scène où Otone dit : “J’ai besoin de me laisser le temps de réfléchir.” Même lorsqu’on comprend une situation intellectuellement, il est parfois impossible de rester parfaitement rationnel ou de mettre de l’ordre dans ses pensées… J’ai le sentiment que cette imperfection, cette complexité profondément humaine, est précisément ce qui distingue les êtres humains d’une intelligence artificielle, capable de trouver immédiatement une réponse à n’importe quel problème. »

Ce printemps est également sorti Hito wa Naze Love Letter wo Kakunoka (Pourquoi écrit-on des lettres d’amour ?), un film inspiré d’une histoire vraie dans lequel elle tient le rôle principal. Aujourd’hui, lorsqu’elle choisit un projet, ce qui compte avant tout c’est l’impression intime que lui laisse le récit.

« Bien sûr, il arrive que l’envie de travailler avec un réalisateur soit une motivation déterminante. Mais je commence toujours par lire le scénario et par me demander ce que je ressens face au personnage que je vais interpréter, de quelle manière il me touche. Ces derniers temps, je réfléchis aussi davantage à ce que ce rôle pourra transmettre aux spectateurs. Je ne fais rien de particulier pour affiner ma sensibilité, mais j’essaie peut-être simplement de ne pas laisser échapper les émotions que je ressens dans mon quotidien. Au moment où j’ouvre une fenêtre et que la lumière entre, ou au détour d’une conversation anodine, j’ai l’impression que quelque chose d’essentiel peut se révéler. »

Interrogée sur les défis qu’elle aimerait relever à l’avenir, Haruka Ayase répond d’abord qu’elle souhaite « interpréter des rôles passionnants qui permettent d’exprimer les émotions et les questionnements propres à cet âge de la vie », avant d’ajouter, avec un sourire, une ambition beaucoup plus personnelle : « J’aimerais aussi apprendre à mieux cuisiner et à vraiment savoir mettre les ingrédients en valeur. Manger, c’est vivre, n’est-ce pas ? Je me dis souvent qu’un petit effort supplémentaire rendrait les plats bien meilleurs, mais comme je suis plutôt paresseuse, je me contente souvent du minimum. J’aimerais apprendre une cuisine qui sublime les produits. Finalement, je ne parle même plus de mon travail… C’est un objectif bien plus modeste ! (rires) »

Qu’il s’agisse des défis qui l’attendent ou des petits plaisirs du quotidien, Haruka Ayase en parle avec la même simplicité. Des mots sans artifice, un sourire d’une grande douceur : le temps d’un instant, le portrait de cette actrice si profondément appréciée du public s’est dessiné avec une évidente sincérité.

OEUVRES

© 2026 Fuji Television, Gaga, Toho, AOI Pro.

Film “Sheep in the Box”

Deux ans après la disparition de leur fils, l’architecte Otone Komoto et son mari Kensuke, dirigeant d’une entreprise de construction, accueillent dans leur foyer un humanoïde qui lui ressemble trait pour trait. Peu à peu, le temps figé de cette famille endeuillée se remet en mouvement. Une histoire originale écrite et réalisée par Hirokazu Kore-eda. Le distributeur Le Pacte prévoit une sortie en France le 23 décembre 2026.

© 2026 Comité de production du film “Hito wa Naze Love Letter wo Kakunoka”

Film “Hito wa Naze Love Letter wo Kakunoka” (“Pourquoi écrit-on des lettres d'amour ?”)

À 17 ans, Nazuna nourrit des sentiments pour Shinsuke, un lycéen qu’elle croise chaque jour dans le train. Mais celui-ci perd la vie dans un accident de métro. Vingt-quatre ans plus tard, Nazuna décide d’écrire une lettre à la famille qu’il a laissée derrière lui. Adapté d’une histoire vraie et réalisé par Yūya Ishii, le film est actuellement à l’affiche au Japon.

© 2024 Comité de production de “Route 29”

Film “Route 29” (2025)

Inspiré du recueil Route 29, Kaihō du poète Taichi Nakao, ce road movie réalisé par Yūsuke Morii suit une femme en difficulté dans ses relations avec les autres, qui tisse peu à peu des liens avec une jeune fille aussi singulière qu’attachante. Disponible en streaming ainsi qu’en Blu-ray et DVD.