Mamoru Hosoda tient à « créer des oeuvres dans l’air du temps »

À l’occasion d’une exposition qui revient sur ses débuts, le réalisateur de films d’animation s’est confié sur son parcours.

28.08.2026

TexteKazuharu Kato PhotographiesSakiko Nomura

Né en 1967 dans la préfecture de Toyama, Mamoru Hosoda rejoint en 1991 la société aujourd’hui connue sous le nom de Toei Animation. Il fait ses débuts comme réalisateur en 1999 avec “Digimon Adventure”, avant de devenir indépendant en 2005. Parmi ses œuvres les plus emblématiques figurent “La Traversée du temps”, “Summer Wars” et “Les Enfants loups, Ame & Yuki”.

À l’occasion du 20ᵉ anniversaire de La Traversée du temps, premier long métrage d’animation réalisé par Mamoru Hosoda en tant que cinéaste indépendant, l’exposition Les origines créatives de Mamoru Hosoda revient sur les prémices de son parcours. Plus de 300 pièces, parmi lesquelles des dessins originaux issus de ses trois premiers films, y sont présentées. « Il y a même un film tourné en 8 mm lorsque j’étais en troisième », raconte le réalisateur en riant. « C’est typiquement le genre d’œuvre qui relève de la mégalomanie adolescente (chūnibyō), et je dois avouer que j’en ai un peu honte aujourd’hui. »

Avant La Traversée du temps, Hosoda avait déjà réalisé de nombreux films, notamment Digimon Adventure. Mais ces productions avaient été réalisées dans le cadre de son travail au sein de Toei Animation. Avec La Traversée du temps, pour la première fois, la création d’un film est née d’une envie qui lui était propre.

« C’était la première fois que je montais moi-même un projet. Je l’ai présenté à Masao Maruyama, de Madhouse, qui m’a dit : “C’est vraiment très bien.” C’est ainsi que le film a pu voir le jour. Mais lors de sa sortie, il n’était projeté que dans six salles. Pour des raisons budgétaires, nous n’avions même tiré que quatorze copies du film. Ce n’était absolument pas une production d’une ampleur suffisante pour espérer récupérer son coût. Je pensais donc que ce serait mon dernier film. Finalement, les copies ont circulé dans tout le Japon et le film est resté à l’affiche pendant un an. C’est grâce à ce succès que j’ai pu réaliser Summer Wars. »

Pour Hosoda, La Traversée du temps constitue véritablement un point d’origine. Le film est adapté du roman de Yasutaka Tsutsui, porté à l’écran une première fois en 1983 par Nobuhiko Obayashi, avec Tomoyo Harada dans le rôle principal, et connaît alors un grand succès. Depuis, l’histoire a été adaptée à plusieurs reprises. Pour ses débuts comme réalisateur indépendant, Hosoda s’attaquait donc d’emblée à une œuvre particulièrement connue.

En remontant encore plus loin à la recherche de ce qui pourrait constituer ses « origines », il cite un épisode de la série animée Ojamajo Doremi, réalisé en 2002, intitulé « Doremi et la sorcière qui a renoncé à être une sorcière ». Cette histoire, qui met en scène avec une grande délicatesse la différence d’échelle temporelle entre les humains et les sorcières, est considérée comme l’un des épisodes les plus appréciés de la série.

Créer des œuvres qui reconnaissent pleinement la jeunesse et laissent entrevoir l’avenir

« Pour cet épisode, j’avais demandé à Tomoyo Harada de prêter sa voix au personnage de Mirai Sakura. À l’époque, certaines personnes m’ont dit : “Choisir Tomoyo Harada pour une histoire autour du temps… Tu ne cherchais pas déjà à faire La Traversée du temps ?” Ce n’était pas quelque chose dont j’avais conscience, mais en y repensant, je me suis dit qu’elles avaient peut-être raison. C’est certainement l’un des éléments qui m’ont conduit à imaginer La Traversée du temps. »

Avec Summer Wars, Hosoda signe pour la première fois une histoire originale. Trois ans plus tard, pour Les Enfants loups, Ame et Yuki, il s’essaie également au scénario. Dès ses trois premiers films, il établit ainsi une manière de travailler qui deviendra sa signature : imaginer lui-même l’histoire et en écrire le scénario.

« Le point de départ de mes films n’est pas une œuvre originale qui existe déjà, mais d’abord une idée, un projet. Lorsque l’on imagine un projet, il faut trouver une raison de le créer, lui donner un sens et une valeur. Pour cela, je réfléchis constamment à l’époque dans laquelle nous vivons, à ce que les gens ressentent au quotidien, à ce qu’ils ont à l’esprit lorsqu’ils traversent leur vie… J’essaie ensuite de traduire ces “sentiments de l’époque” dans une histoire ou un scénario, afin que nous puissions les partager tous ensemble. C’est peut-être cela qui constitue mon originalité. »

Saisir les « sentiments de l’époque » et les glisser dans ses œuvres : cette démarche traverse toute la filmographie de Hosoda depuis La Traversée du temps.

« La Traversée du temps se déroule à l’époque contemporaine. Lorsque je le réalisais, la société traversait une période assez morose et je cherchais à comprendre ce que pouvaient être l’avenir et l’espoir dans une telle époque. Un jour, une lycéenne en polo est passée devant moi en courant à toute vitesse dans l’escalier. Elle ne faisait que courir, mais à cet instant, j’ai ressenti quelque chose : “Ça, c’est l’avenir. Dans la société contemporaine, le simple fait qu’une jeune fille coure est en soi porteur d’espoir.”

Je pense aussi que cela reflétait, en creux, le fait que les seules personnes qui semblaient encore pleines d’énergie à cette époque étaient les jeunes filles. C’est pour cela que Makoto, mon héroïne, passe son temps à courir. Dans le film de Nobuhiko Obayashi, Kazuko Yoshiyama, l’héroïne, était beaucoup plus sage et posée. »

Au fil de l’entretien, un mot revient à plusieurs reprises dans la bouche du réalisateur : « l’avenir » (mirai). Lorsqu’on lui fait remarquer que ce terme apparaît également fréquemment dans ses œuvres et jusque dans les noms de certains de ses personnages, Hosoda acquiesce avant de poursuivre d’une voix posée.

« J’ai vraiment envie de valoriser les jeunes. Et pour moi, cela revient à parler de l’avenir. En ce sens, tous mes films s’inscrivent dans une même continuité. On parle beaucoup aujourd’hui de la manière dont les réseaux sociaux affectent les jeunes ou de la façon dont l’intelligence artificielle transforme la société. Mais j’aimerais que les jeunes puissent apprendre à utiliser ces outils intelligemment et à vivre mieux grâce à eux. J’aimerais qu’ils puissent ressentir, à travers mes œuvres, cette confiance en eux, cette sensation d’être pleinement reconnus. »

OEUVRES

Exposition Les origines créatives de Mamoru Hosoda

Présentée jusqu’au 31 août 2026 au CREATIVE MUSEUM TOKYO, cette exposition revient sur les origines de la démarche créative de Mamoru Hosoda. Elle rassemble plus de 300 pièces rares, allant des storyboards, corrections du réalisateur et dessins originaux de ses premières œuvres majeures jusqu’aux films d’animation qu’il réalisait déjà lorsqu’il était collégien.

Film “La Traversée du temps”

© “La Traversée du temps” Production Committee 2006

Adapté du célèbre roman de science-fiction de Yasutaka Tsutsui, ce long métrage sorti en 2006 est le premier projet que Mamoru Hosoda entreprend en tant que réalisateur indépendant, depuis sa conception même. Il constitue véritablement le point de départ d’une carrière au cours de laquelle Hosoda enchaînera les œuvres à succès, jusqu’à être considéré comme l’un des grands réalisateurs de films d’animation japonais.

Film “Summer Wars”

© 2009 SUMMER WARS FILM PARTNERS

Ce film de science-fiction raconte comment Kenji, lycéen passionné de mathématiques, affronte aux côtés de la grande famille de Natsuki, une élève de son lycée dont il est le cadet, une crise qui éclate dans l’univers virtuel d’« OZ ». Œuvre originale dont Hosoda signe lui-même l’histoire, Summer Wars connaît un immense succès lors de sa sortie en 2009, consacrant définitivement sa popularité en tant que réalisateur.