Fragments autobiographiques de Nagisa Oshima
Le cinéaste transgressif se raconte dans ses “Écrits (1956-1978)”, où il revient sur les moments qui ont marqué sa carrière de réalisateur.

© Gallimard
Le nom de Nagisa Oshima est inextricablement lié à son film le plus sulfureux, qui fit scandale au Japon : L’empire des sens. Pourtant, la carrière du réalisateur est bien plus dense, avec toujours, en guise de fil directeur, la quête d’identité. C’est ce que mettent en lumière ses Écrits (1956-1978), dissolution et jaillissement, signés par Nagisa Oshima lui-même.
Le réalisateur, né en 1932 à Kyoto et décédé en 2013, s’y raconte, de ses rêves les plus fous à ses échecs notoires. Il confie ses errements et tâtonnements de jeune cinéaste dans un pays où le doute affole, et revient sur l’onde de choc que produira son film à caractère pornographique L’empire des sens.
La violence et le sexe comme points d’ancrage
L’ouvrage, qui court de 1956 à 1978, est structuré autour de deux chapitres principaux qui exposent ses premiers pas en tant que réalisateur, ses ambitions et ses projets sur grand écran de 1956 à 1963, puis de 1965 à 1970. Une progression professionnelle entrecoupée par quelques intermèdes, plus autobiographiques et personnels, où Nagisa Oshima évoque ses divers voyages hors de l’archipel, notamment en Corée et au Vietnam, son besoin viscéral de regarder le monde en face, sans en amoindrir sa violence et sa cruauté. Citant çà et là quelques auteurs français comme Sartre ou Camus, inspirations littéraires du réalisateur de La Pendaison (1968) ou de Furyo (1983).
Écrits (1956-1978), dissolution et jaillissement se clôt sur un texte aux airs de pamphlet. Dans “Au tribunal de l’obscénité”, Nagisa Oshima détaille le procès d’intention dont son film L’empire des sens a été victime dans l’archipel, ancrant sa pratique cinématographique autour de deux concepts : la violence et le sexe. Des axes de création qui ont poussé le réalisateur à se construire hors des codes de la société japonaise, en en refusant l’ordre contraignant. Cet ouvrage autobiographique dessine les contours sulfureux du cinéaste, les renforçant d’une visée politique et permettant de mieux saisir sa place fondamentale dans le cinéma japonais.
Écrits (1956-1978), dissolution et jaillissement (1980), un ouvrage de Nagisa Oshima publié aux éditions Gallimard.

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