Les designers japonais qui rayonnent à l’international
Huit marques proposent des vêtements de grande qualité, derrière une apparente sobriété, et porteurs d'une véritable intériorité japonaise.
Les marques japonaises attirent à nouveau le regard du monde. Derrière une apparente sobriété se déploient des vêtements d’une grande qualité, porteurs d’une véritable intériorité japonaise. Huit designers, chacun animé par une exigence singulière, en dessinent aujourd’hui les contours.
Soshi Otsuki pour SOSHIOTSUKI
Né en 1990 dans le département de Chiba. Diplômé du Bunka Fashion College, il poursuit ses études à Coconogacco et se forme auprès de Yoshikazu Yamagata (writtenafterwards) et Mikio Sakabe (MIKIOSAKABE).
Lauréat du Prix LVMH en 2025, il s’impose depuis avec sa marque d’envergure mondiale.

Une incarnation de l’esprit japonais à travers le tailoring
Le Prix LVMH représente sans doute la distinction la plus prestigieuse pour un jeune designer. En 2016, Soshi Otsuki en devient le plus jeune demi-finaliste japonais, avant de le remporter en 2025, ravivant l’intérêt mondial pour les marques japonaises.
Au cœur de SOSHIOTSUKI : un dandysme né de la rencontre entre la spiritualité japonaise et les techniques du tailoring. En s’inspirant de valeurs propres au Japon, du bushidō à la culture de l’uniforme, la marque les élève vers une expression contemporaine. Si la précision de ses coupes attire l’attention de la scène internationale, c’est avant tout une esthétique profondément japonaise qui s’y déploie.
Une apparente sobriété dissimule une construction minutieuse, un choix de matières exigeant et une véritable intériorité. Depuis le Japon, SOSHIOTSUKI poursuit méthodiquement son expansion.

Le thème de la collection printemps-été 2026, “The Shape Itself”, marque une inflexion : s’éloignant de ses concepts précédents, elle se concentre plus directement sur « la forme du vêtement en tant que telle » et sur l’esthétique de la confection.
À gauche : L’ajout de plis au niveau des emmanchures raglan dessine un drapé naturel du haut de l’épaule jusqu’à l’ourlet. Né de l’idée de transposer en un seul manteau l’allure d’un foulard jeté sur les épaules, le modèle a été baptisé “Scarf Drape Coat”. Manteau : 143 000 ¥ / À droite : Le col à pointes de la chemise est réinterprété dans un esprit ascot. Le pan droit adopte une construction classique à col boutonné, tandis que le côté gauche présente une structure asymétrique permettant de faire passer le col dans celui de droite. Chemise : 47 300 ¥
À gauche : Ce pantalon cargo, conçu avec une attention particulière portée à la finition de la taille élastiquée, développe un volume singulier. Autour des hanches, un drapé naturel et une ampleur subtile se déploient, dessinant une silhouette souple et arrondie. Pantalon : 60 500 ¥ / À droite : La veste s’inspire d’une construction à fente latérale au niveau des hanches, héritée des anciens uniformes japonais conçus pour le port du sabre. Le gilet, quant à lui, puise son origine dans les plis horizontaux qui apparaissent lorsqu’un vêtement mal ajusté est porté. Le pantalon, à la coupe ample, se distingue par quatre plis inversés sur le devant, créant de profonds jeux d’ombre et un drapé généreux. Veste : 121 000 ¥, gilet : 49 500 ¥, pantalon : 61 600 ¥
Taro Horiuchi pour kolor
Né à Tokyo en 1982. Major de sa promotion à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, il fonde sa marque en 2009.
Lors de la saison automne-hiver 2018, il lance “th products”. En janvier 2025, il est nommé directeur artistique de kolor.

Une vision singulière façonnée en Europe
Choisi pour succéder au fondateur Junichi Abe, Taro Horiuchi incarne une génération formée à l’international.
Pour sa première collection, il débute par une série de vingt croquis — une approche inédite pour kolor. À partir de ses dessins, les savoir-faire propres à la marque, notamment en tailoring et en textiles, viennent s’y superposer. Une méthode rare au Japon.
Cette première tentative, conjuguée aux terrains d’expression propres à la marque que sont le tailoring et les jeux d’assemblage, s’enrichit d’une nouvelle dimension outdoor, insufflant un vent de renouveau.
Connue pour ses compositions denses mêlant plusieurs registres au sein d’une même pièce, kolor voit ici la sensibilité de Horiuchi s’y inscrire pleinement. Un moment charnière, où une nouvelle identité commence à prendre forme.

Entre futur proche, sportswear, tailoring d’inspiration médiévale et désormais outdoor, une même collection orchestre une multiplicité d’éléments qui, ensemble, composent un chaos maîtrisé. Le premier acte d’un nouveau chapitre pour la maison.
À gauche : Sous la main de Horiuchi, même une paire de sandales ordinaires se transforme en pièce maîtresse du vestiaire printanier. Les détails qui attirent le regard ne relèvent pas du simple ornement : ils répondent à une véritable logique fonctionnelle, intégrant des solutions de rangement. Dotées d’une semelle Vibram, elles intègrent également une dimension outdoor. Une paire qui incarne à elle seule l’esprit de la saison. Sandales : 69 300 ¥ / À droite : Derrière une allure presque sculpturale affleurent des éléments sportifs. Confectionnée dans une matière technique légère, la pièce est dotée d’un ourlet ajustable par cordon. Des registres a priori opposés qui trouvent ici un équilibre maîtrisé au sein d’un même vêtement. Chemise : 64 900 ¥
À gauche : Comme une constellation, une multitude de studs vient ponctuer un ensemble veste-pantalon d’une grande rigueur, y insufflant une note de jeu. Le tailoring, domaine d’excellence de la marque, y cohabite avec une dimension plus singulière, donnant naissance à un ensemble à forte personnalité. Veste : 176 000 ¥, pantalon : 91 300 ¥ / À droite : Une banane au caractère résolument technique. Composée de multiples pochettes en matières contrastées, agencées de manière à se mettre mutuellement en valeur, elle se prête à différents usages : portée à la taille ou fixée à un sac comme module additionnel, elle ouvre de nouvelles possibilités de styling. 68 200 ¥
Takuya Morikawa pour TAAKK
Né en 1982 dans le département de Kanagawa. Diplômé du Bunka Fashion College, il rejoint Issey Miyake avant de fonder TAAKK en 2012.
Lauréat de nombreux prix au Japon, il est sélectionné comme demi-finaliste du Prix LVMH en 2021.

Une approche unique centrée sur le textile
TAAKK se définit comme un laboratoire, où le vêtement du quotidien est réinventé à partir du développement textile. Takuya Morikawa collabore étroitement avec des ateliers de tissage et des manufactures japonaises, remontant à la source même du vêtement : le tissu. Si les pièces restent souvent classiques dans leur typologie, leurs matières originales leur confèrent une présence proche de l’œuvre d’art.
Ces dernières années, l’accent est mis sur des broderies en relief, évoquant des bas-reliefs, devenues signature de la marque. Une esthétique qui fait écho à l’héritage d’Issey Miyake.
Derrière ces formes iconiques immédiatement reconnaissables réside la quête inlassable de nouveauté de Morikawa.
À gauche : Les broderies sculpturales emblématiques de la marque gagnent encore en volume, incarnant une évolution technique notable. / À droite : Sur ce denim 12 oz, une broderie évoquant un dragon s’élevant le long de la couture latérale attire le regard. À la simplicité du vêtement de travail se superpose une richesse ornementale, donnant naissance à un équilibre singulier. Denim : 62 700 ¥
À gauche : Sur une laine Super 100’s d’une grande qualité, des broderies en relief sont disposées avec audace. Dans un jeu de ton sur ton, elles font naître des ombres profondes et une véritable sensation de volume, conférant à la pièce une présence presque sculpturale. Veste : 198 000 ¥ / À droite : À partir du même tissu que la chemise à rayures de base, les étoffes sont assemblées avec précision pour former des motifs floraux en volume. Le recours exclusif à ce textile unique permet de concilier une grande unité visuelle et des jeux d’ombre d’une extrême finesse. Chemise : 59 400 ¥
Norio Terada pour YOKE
Né en 1983 dans le département de Chiba. Après des expériences dans des marques japonaises et des concept stores, il fonde YOKE en 2018.
En janvier 2026, la marque présente son premier défilé à Paris.

Relier les matières, les gestes et les hommes
Fondée sur le concept de « connexion », YOKE envisage le vêtement comme le résultat d’un enchaînement de gestes, du matériau brut au fil, du tissu à la découpe, puis à la couture et aux finitions, mobilisant les mains de nombreux acteurs.
La marque entretient également un lien étroit avec l’art, notamment à travers ses tricots sophistiqués, où se mêlent sensibilité contemporaine et regard artistique. Ces pièces, rares dans le paysage japonais, incarnent pleinement la vision de Terada.
Avec son premier défilé parisien en 2026, YOKE franchit une étape décisive : celle d’un dialogue désormais ouvert avec le monde.
À gauche : La collection actuelle, fortement marquée par l’art, puise son inspiration dans l’œuvre surréaliste de Max Ernst. / À droite : Une pièce hybride qui fusionne une nouvelle forme de chemise et un cardigan. Si l’ensemble semble entièrement assemblé au premier regard, certaines parties sont volontairement laissées dissociées, traduisant une forme d’« ordre imparfait ». Chemise : 61 600 ¥
À gauche : Orné d’un imprimé inspiré des œuvres de Max Ernst, le T-shirt repose sur une base écrue familière qui lui confère une allure naturellement décontractée. T-shirts : 19 800 ¥ chacun / À droite : Le cardigan en mohair jacquard, pièce signature de la marque, est réalisé à partir de deux fils distincts. Le brossage révèle des variations de teinte propres à chacun, donnant naissance à une image aux accents abstraits. Cardigan : 59 400 ¥
Masayuki Ino pour doublet
Né en 1979 dans le département de Gunma. Diplômé du Tokyo Mode Gakuen, il travaille chez Mihara Yasuhiro avant de fonder doublet en 2012.
En 2018, il devient le premier Japonais à remporter le Prix LVMH.

À la frontière du quotidien et de l’humour
« Des vêtements du quotidien porteurs d’un léger décalage. » Tel est le concept que revendique doublet, dirigé par Masayuki Ino. À partir de pièces essentielles, la marque introduit des inflexions discrètes, faisant naître, au cœur du quotidien, de subtils effets de surprise.
Derrière leur apparente légèreté, ces vêtements portent un regard attentif sur la société et leur époque. Ainsi, le thème de la saison, “Itadakimasu”, prend appui sur la culture culinaire japonaise et les gestes de gratitude qui l’accompagnent, pour reconsidérer les notions de chaîne alimentaire et de cycle du vivant à l’aune des enjeux de durabilité. Pourtant, en dépit de cet ancrage, le propos ne se fait jamais pesant. C’est dans cette maîtrise de l’équilibre que réside sans doute la véritable signature de la marque.
Sans jamais se limiter à la seule excentricité, ces vêtements séduisent le regard autant qu’ils procurent du plaisir à être portés. Masayuki Ino rappelle, avec constance, l’élan fondamental que le vêtement est capable de susciter.
À gauche : La participation de Raul du groupe Snow Man en tant que mannequin au défilé a également retenu l’attention, notamment à travers une collaboration avec Sky High Farm Workwear autour des enjeux alimentaires. / À droite : Entièrement travaillé par perforations et traitements de lavage, le tissu évoque le grain et la texture d’une fraise. Au bout des lacets de l’encolure, une fraise et une lune jouent le rôle de charms. Blouson : 107 800 ¥
À gauche : Chez doublet, le denim au fini usé se distingue nettement des traitements courants. Des broderies en relief, évoquant de la mousse, déploient un imaginaire presque fantastique. Denim : 94 600 ¥ / À droite : Réalisé à partir d’un fil intégrant un matériau upcyclé issu de membranes de coquilles d’œuf, ce tricot en intarsia reproduit l’aspect d’une coquille fissurée. Les craquelures sont tricotées en transparence, tandis que la silhouette elle-même adopte une forme légèrement arrondie, à l’image d’un œuf. Maille : 62 700 ¥
Kiichiro Asakawa pour ssstein
Né en 1986 dans le département de Yamanashi. En 2016, il ouvre sa propre boutique, Carol, à Harajuku, et fonde parallèlement ssstein.
Après deux défilés à Paris en 2025, la marque intègre en janvier 2026 le calendrier officiel de la Fashion Week.

L’élégance née d’un sens aigu des proportions
Initiée autour de trois modèles de pantalons, la marque connaît aujourd’hui une expansion remarquable. Fondée en 2016 par Kiichiro Asakawa, ssstein accorde une importance primordiale à la silhouette une fois portée. Grâce à un travail d’une grande précision sur les détails et les proportions, même les volumes oversize conservent une élégance maîtrisée.
Le choix des matières n’est pas en reste. Fidèle à une approche où le développement textile constitue le cœur du processus créatif, la marque conçoit la quasi-totalité de ses tissus en interne. Cette exigence, alliée à une allure naturelle, sans ostentation, séduit un public large, au-delà des distinctions de genre.
Dix ans après sa création, ssstein a fait ses débuts officiels à Paris pour l’automne-hiver 2026. Une étape décisive, qui attire d’ores et déjà une attention croissante.
À gauche : Dans un hôtel particulier parisien du XVIIIe siècle, une performance de violon en direct accompagne le défilé printemps-été 2026. Une mise en scène en parfaite résonance avec l’esthétique de la marque. / À droite : Un éclat naturel et un drapé fluide témoignent de la qualité du matériau. La pièce prend la forme d’une veste croisée d’une grande élégance, où construction et souplesse trouvent un équilibre maîtrisé. Veste : 107 800 ¥
À gauche : Les associations de couleurs et de tons font l’objet d’un travail minutieux. Le positionnement des découpes du buste, volontairement légèrement avancé, crée une profondeur visuelle et un effet de volume. Maille : 46 200 ¥ / À droite : Ce modèle de type “skipper” est confectionné dans un tissu original en soie et nylon. Sa texture souple, rehaussée d’un léger effet duveteux, offre une sensation de légèreté au porté. Chemise : 48 400 ¥
Satoshi Kuwata pour SETCHU
Né en 1983 à Kyoto. Il fait ses armes chez Givenchy, Edun, Kanye West ou encore Gareth Pugh, avant de révéler son talent pour le tailoring chez Huntsman & Sons.
En 2023, il remporte le Prix LVMH.

Une esthétique à la lisière de l’Orient et de l’Occident
Trois ans à peine après ses débuts à Milan, SETCHU s’impose sur la scène internationale, devenant la seconde marque japonaise à remporter le Prix LVMH. Une reconnaissance précoce, qui inscrit d’emblée son nom à l’échelle mondiale.
Fort de son expérience à Savile Row, Satoshi Kuwata fusionne l’esthétique plane propre au vêtement japonais, à l’image du kimono, avec la construction du tailoring occidental, pour donner naissance à des pièces à vocation universelle.
Sa création emblématique, “Origami”, puise littéralement dans l’art du pliage : le vêtement peut se replier de manière compacte et, par un jeu de fermetures, sa silhouette et sa manière d’être porté peuvent se transformer. Une approche où se manifeste pleinement une pensée du vêtement à la croisée des cultures, jusque dans le nom même de SETCHU, qui évoque en japonais l’idée de rencontre et de fusion.
Né à Kyoto, actif à Milan, Kuwata développe une pratique singulière, située entre deux traditions. Une proposition hybride, dont le monde s’empare aujourd’hui avec un intérêt croissant.
À gauche : La chemise présentée à droite, également vue sur le podium, illustre l’esthétique de la marque : un vestiaire pensé pour se transformer au gré des superpositions, ouvrant à une multiplicité de styles. / À droite : Une construction singulière, dont les manches peuvent s’ouvrir entièrement jusqu’à l’ourlet grâce à une série de boutons. Une pièce qui incarne pleinement l’approche de SETCHU, conjuguant modularité et intérêt formel. Chemise : 250 800 ¥
À gauche : Une nouvelle pièce signature pensée pour le voyage. Confectionnée avec une toile entoilée incisée, elle allie la fonctionnalité d’un vêtement pliable à la rigueur d’un tailoring inspiré de Savile Row. Veste : 478 500 ¥ / À droite : Ce pantalon de pyjama en papier washi se distingue par sa texture sèche caractéristique, tout en offrant légèreté, respirabilité et séchage rapide. Pantalon : 194 700 ¥
Ryota Iwai pour AURALEE
Né en 1983 dans le département de Hyōgo. Après des études universitaires, il intègre les cours du soir du Bunka Fashion College. Il fait ses armes comme modéliste et designer, notamment chez norikoike, avant de fonder AURALEE en 2015.
En 2025, il reçoit le Mainichi Fashion Grand Prix.

Le minimalisme ultime, porté par l’exigence du matériau
Ces dernières années, peu de marques ont autant façonné le paysage de la mode japonaise qu’AURALEE.
Comme le suggère son nom, « un lieu baigné de lumière », la marque développe des textiles habités par une douceur diffuse, évoquant la lumière du matin. Si l’attention portée aux matières est inhérente au travail de tout designer, la démarche de Ryota Iwai se distingue par son intensité : une large part du processus de création est consacrée au développement textile. Les vêtements qui en résultent frappent par leur simplicité presque radicale. Mais derrière cette apparente retenue se déploie la force silencieuse de matières longuement élaborées, dont la qualité s’impose avec évidence.
Désormais solidement installée sur la scène parisienne et poursuivant son expansion à l’international, AURALEE confirme une trajectoire dont l’élan ne faiblit pas.
À gauche : La collection printemps-été 2026, empreinte de poésie, traduit avec délicatesse les nuances et la générosité de la nature au passage de l’hiver au printemps, à travers des matières d’une grande qualité et une palette subtile. / À droite : Une pièce d’une grande qualité, fidèle à l’esprit d’AURALEE, qui évoque l’arrivée du printemps. Le tissu canvas, tissé à partir d’une fibre Super 120’s d’une extrême finesse et travaillé à une densité maximale, fait coexister souplesse et structure dans une même silhouette. Manteau : 165 000 ¥
À gauche : Parmi les cuirs de veau les plus rares, cette pièce est réalisée dans une teinte claire particulièrement difficile à obtenir, et déclinée dans une coupe oversize généreuse. Veste : 484 000 ¥ / À droite : Un motif à carreaux obtenu à partir d’une laine Super 130’s à fil fin, transformée en fil chiné multicolore. La matière se distingue par une texture fine et légère, offrant une grande sensation de fraîcheur. Pantalon : 52 800 ¥