Le Palais impérial de Kyoto, un vaste domaine historique où un pont semble tout droit sorti d’un rêve

Avec son architecture impériale et ses ponts couverts de mousse, ce lieu révèle une autre facette de Kyoto.

30.07.2026

Texte et photographiesKazushi Takahashi

Journaliste et photographe de mode, Kazushi Takahashi détourne son regard des podiums pour s’intéresser à la beauté qui se niche dans le quotidien. Diplômé de l’université Meiji et du Bunka Fashion College, il débute sa carrière comme éditeur au sein de Bunka Publishing Bureau (MR High FashionSoen). Devenu free-lance, il parcourt aujourd’hui le Japon pour écrire, photographier et mettre en scène des récits où la mode croise l’artisanat, le design et la culture, partageant ce qu’il découvre dans chaque numéro de Pen.

Lorsqu’on parle du « Gosho », ou Palais impérial de Kyoto, on désigne l’ancienne résidence de la famille impériale.
Avant que la résidence impériale ne soit transférée à Tokyo à l’ère Meiji, ce vaste domaine plongeait ses racines jusqu’à l’époque de Heian-kyō, l’ancienne capitale fondée en 794, devenue l’actuelle Kyoto. Saviez-vous qu’il est aujourd’hui possible de le visiter gratuitement ?

N’importe qui peut ainsi découvrir librement une architecture et des jardins qui incarnent sans doute ce que l’esthétique japonaise la plus raffinée a produit de plus accompli, jusque dans la philosophie qui a guidé leur conception.

Les bâtiments de Heian-kyō semblent avoir été fortement influencés par la Chine — plus précisément par la Chine des Tang. Le Palais impérial de Kyoto, en revanche, paraît s’être davantage appuyé sur les traditions architecturales japonaises, avec ses toitures en écorce de cyprès hinoki superposée (hiwadabuki) et le style shiraki-zukuri, qui laisse apparaître la couleur naturelle du bois.

Autrement dit, tout en restant attentif aux influences de son époque, il semble avoir affirmé une conviction très simple : « Non, voilà ce qu’est le Japon. »

D’une manière totalement naïve, presque enfantine, je ne peux m’empêcher de trouver cela incroyablement beau. Cela me donne aussi envie de prendre du recul sur notre époque, où nos modes de pensée, nos modes de vie et même notre économie se laissent si facilement entraîner par les tendances mondiales.

Les photographies présentées ici ont été prises lors de ma visite du Palais impérial de Kyoto, fin avril, juste avant la Golden Week.
C’était d’ailleurs la première fois que je m’y rendais.
Si je ne l’avais encore jamais visité, ce n’est pas un hasard. Mais cette histoire, je vous la raconterai à la fin.

Un pont de jardin comme sorti d'un rêve

Lorsque j’ai aperçu ce pont, j’ai immédiatement été fasciné. Bien sûr, le Palais impérial de Kyoto possède de magnifiques bâtiments. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est ce pont en terre qui semblait tout droit sorti d’un univers fantastique.

Je me suis surpris à penser : « On croirait que des fées pourraient le traverser. »
Les garde-corps sont extrêmement bas, le passage est si étroit qu’une seule personne ne pourrait y marcher à la fois, et l’ensemble reste de dimensions modestes. La mousse qui déborde généreusement de chaque côté du pont accentue encore cette impression irréelle.

Combien de ponts en bois existent-ils dont les deux bords du chemin disparaissent entièrement sous la végétation ?
S’il en existe d’autres, je vous prie de m’excuser.

Même le gravier recouvrant le tablier du pont crée une étrange impression. Son aspect contraste avec la silhouette arquée de l’ouvrage. Pendant un moment, je me suis laissé aller à imaginer Columbina, du jeu Genshin Impact, traversant ce pont pieds nus en flottant presque au-dessus du sol.

Cette remarque ne vous parlera probablement pas si vous ne jouez pas aux RPG.

Les visiteurs ne sont toutefois pas autorisés à emprunter ce pont.
Il est strictement interdit d’y accéder.

C’est précisément cette absence de toute présence humaine qui lui confère une atmosphère de conte de fées, ou peut-être même de ruine oubliée. Puisque personne n’y marche, la mousse pousse même entre les graviers du chemin. On a presque l’impression d’être face à l’entrée d’un autre monde, un lieu où il ne faudrait surtout pas pénétrer.

Le Palais impérial de Kyoto abrite deux jardins reliés entre eux, Gonaitei et Oike-niwa, où se succèdent plusieurs ponts, chacun possédant son propre caractère. Le pont Keyaki présenté ci-dessus en est l’un des plus représentatifs.

Celui-ci aussi m’a profondément impressionné.
Le bois de zelkova a vieilli au point de dépasser largement la simple beauté discrète du sabi propre au wabi-sabi.
Il dégage une force presque saisissante.

La photographie présentée ici a été prise au téléobjectif. Les visiteurs ne peuvent ni emprunter ce pont, ni même s’en approcher.
Il en va de même pour le pont de terre présenté précédemment.

J’aurais adoré pouvoir l’admirer de plus près. Mais pour éviter le moindre risque de dégradation, cette mesure est sans doute indispensable.

Aujourd’hui, les piles qui soutiennent le pont sont en granit. Selon l’Agence de la Maison impériale, elles étaient encore en bois au début de l’ère Shōwa, vers 1928, comme en témoignent des photographies d’époque conservées jusqu’à aujourd’hui.

Les sobres ponts de pierre disséminés dans le jardin possèdent eux aussi un charme particulier. Nombre des éléments qui subsistent des différentes époques du palais auraient d’ailleurs été offerts à la famille impériale.

Une architecture d'une remarquable force graphique

Parmi tous les éléments architecturaux du Palais impérial de Kyoto, c’est peut-être l’utilisation des couleurs qui m’a le plus séduit.

Au duo brun et blanc que l’on retrouve fréquemment dans les sanctuaires et les temples s’ajoute un rouge vermillon — ou ce qui me semble pouvoir être qualifié de vermillon — qui attire immédiatement le regard. Quelles parties ont disparu au fil des siècles ? Lesquelles ont survécu ? Lesquelles ont été restaurées depuis la construction du palais ?

Mes connaissances sont bien trop limitées pour répondre à ces questions. Mais dans son état actuel, ce qui me paraît particulièrement beau, c’est l’équilibre entre ces trois couleurs : le brun, le blanc et le vermillon.

J’aime tout particulièrement la manière dont le bois conserve sa texture naturelle, tandis que les ferrures métalliques sont peintes en vermillon. Elles dégagent une présence pleine de dignité, d’autant plus frappante qu’elle contraste avec les éléments en cuivre dont la patine verte s’est développée au fil du temps. Introduit depuis la Chine, le vermillon est traditionnellement associé à la protection contre les mauvais esprits ainsi qu’à l’autorité.

Cet escalier et cette balustrade m’ont eux aussi beaucoup plu.
Ils appartiennent à l’un des bâtiments qui donnent sur les jardins.

Le degré d’usure est, à mes yeux, parfaitement maîtrisé. On imagine facilement les personnes chargées de l’entretien s’interroger en permanence sur la limite à ne pas dépasser lors des restaurations, notamment lorsqu’il s’agit de repeindre certaines parties.

« Cette entrée servait à accueillir les personnes conviées au palais pour des cérémonies ou des audiences auprès de l’empereur. Seuls quelques privilégiés, tels que les nobles de cour et les hauts dignitaires, étaient autorisés à l’emprunter. »

C’est ce qu’indique le panneau explicatif consacré à l’Okurumayose, l’entrée officielle où les carrosses s’arrêtaient autrefois pour déposer les visiteurs de haut rang.

Autrement dit, si vous aviez appartenu à l’aristocratie et que vous vous étiez rendu au Kyoto Gyoen en pensant : « Aujourd’hui, je vais rencontrer l’empereur », c’est par cette entrée que vous auriez pénétré dans le palais.

Quelques aperçus du domaine photographiés au smartphone

Les photographies d’architecture et de jardins présentées jusqu’ici ne rendent sans doute pas pleinement compte de l’immensité du site. J’ajoute donc, à titre de référence, trois clichés pris avec mon smartphone.

Ce qui frappe avant tout, c’est l’immensité du ciel.
Aucun immeuble de grande hauteur. Aucune construction contemporaine à l’horizon.

Quelle incroyable sensation d’immersion.

Et pourtant, tout cela se trouve en plein cœur de Kyoto, dans un secteur extrêmement facile d’accès.
Depuis la gare de Kyoto, il faut une dizaine de minutes de train pour rejoindre la station Imadegawa, la plus proche. En taxi, le trajet dure environ quinze minutes.

C’est précisément parce que le paysage est protégé par une réglementation stricte que l’on peut encore vivre une expérience aussi exceptionnelle.

Voici Gonaitei, le jardin où se trouve le pont de terre présenté au début de cet article.
Ici, les bâtiments et la végétation luxuriante se côtoient à quelques mètres seulement les uns des autres.

Le nombre de visiteurs m’a d’ailleurs semblé étonnamment modeste, du moins lors de ma visite, un jour de semaine précédant la Golden Week.
Il faut sans doute y voir une conséquence de son image relativement discrète parmi les sites touristiques de Kyoto. On n’y trouve presque aucune décoration spectaculaire ni mise en scène architecturale particulièrement démonstrative.

Comparé aux interminables rangées de torii vermillon de Fushimi Inari, qui semblent appartenir à un autre monde, ou au Ginkaku-ji, où les notions japonaises de wabi-sabi, d’atmosphère et de sensibilité esthétique se concentrent dans un espace relativement restreint, le Palais impérial de Kyoto n’est peut-être pas le genre d’endroit qui suscite immédiatement l’enthousiasme, à moins d’être passionné d’histoire.

Si j’ai fini par en apprécier tout le charme, c’est parce que je me suis attaché à observer les moindres détails. Mais les éléments susceptibles de fasciner profondément les visiteurs étrangers y sont peut-être, finalement, moins nombreux qu’on pourrait l’imaginer.

Pourquoi je n'avais encore jamais visité le Palais impérial de Kyoto

Le Palais impérial de Kyoto se trouve au cœur du parc national de Kyoto Gyoen, un vaste espace ouvert au public.
La photographie ci-dessus a été prise lors d’une promenade dans le parc à l’automne 2025.

Pour être tout à fait honnête, la première fois que je suis venu ici, j’avais complètement sous-estimé l’immensité du domaine. Je suis entré dans le parc sans même savoir où se trouvait l’entrée du palais, persuadé que je finirais bien par tomber dessus. Je me suis donc mis à marcher tranquillement. Puis, en chemin, j’ai réalisé qu’il fallait en réalité contourner entièrement les douves.

Lorsque je suis enfin arrivé devant l’entrée… J’ai découvert que les visites étaient suspendues ce jour-là.
J’ignorais tout simplement que le palais était fermé le lundi.

À cet instant, tout mon courage m’a quitté.

Vous vous dites peut-être : « À ce point-là ? Tu t’es laissé abattre par une simple promenade dans un parc ? »
Mais avez-vous déjà marché pendant de longues minutes sur un chemin entièrement recouvert de gravier ?

Car ici, tous les sentiers du parc sont en gravier.
Mes chaussures de trail Salomon semblaient devenir de plus en plus lourdes à chaque pas.

Comme je voyageais selon un programme très serré, j’étais presque au bord des larmes en me disant : « Je n’aurai même plus le temps de visiter d’autres temples, sanctuaires ou cafés… » Et, pour ne rien arranger, j’avais aussi désespérément besoin d’aller aux toilettes. La situation était franchement compliquée.

C’est ainsi que le Palais impérial de Kyoto est resté pendant quelque temps sur ma liste des lieux à visiter… un jour.

Cette fois, en revanche, j’avais soigneusement préparé mon itinéraire. Je suis descendu à la station Imadegawa, la plus proche de l’entrée du palais, afin de limiter au maximum la marche avant d’accéder au site.

Malgré cela, aussi bien le parc que l’enceinte du palais sont parcourus de longs chemins de gravier. Il faut donc tout de même prévoir un certain temps pour profiter pleinement de la visite.

Si cette chronique vous a donné envie de découvrir le Palais impérial de Kyoto, je vous conseille simplement de bien réfléchir au temps que vous souhaiterez lui consacrer dans votre itinéraire. Vous pourrez alors apprécier ce lieu à son véritable rythme.