Un voyage aux origines du Japon, à la découverte des sources chaudes de Hyōgo
Entre la mer du Japon et la mer intérieure de Seto, ses paysages contrastés ont façonné une des régions thermales les plus singulières du pays.

Le bain de Goshoboh, la plus ancienne auberge d’Arima, est alimenté directement par la source Kinsen, l’eau thermale emblématique d’Arima, riche en fer.
Au cœur de l’archipel, à la lisière d’Osaka et de Kyoto, le département de Hyōgo apparaît, pour de nombreux Japonais, comme un sanctuaire discret. Longtemps en retrait des grands itinéraires internationaux, la région attire aujourd’hui une attention renouvelée, notamment grâce à l’essor de vols charters en provenance d’Asie de l’Est qui contribuent à en redessiner la carte touristique.
Au nord s’étend la mer du Japon, aux paysages puissants et changeants ; au sud, les eaux plus calmes de la mer intérieure de Seto. Entre les deux, des chaînes montagneuses escarpées traversent le territoire. Cette diversité topographique saisissante est précisément ce qui a façonné Hyōgo en l’une des régions de sources chaudes les plus distinctives du Japon.
Des millénaires d’histoire : les plus anciennes sources du Japon
L’histoire thermale de Hyōgo remonte aux premiers textes fondateurs du pays. Arima Onsen, mentionnée dans les chroniques anciennes que sont le Kojiki et le Nihon Shoki, figure parmi les « Trois plus anciennes sources chaudes du Japon ». Sa réputation durable tient à une origine géologique inhabituelle.
Contrairement à la majorité des onsen japonais, Arima ne se situe à proximité d’aucun volcan. Ses eaux proviennent d’une ancienne eau de mer libérée de la plaque philippine lorsqu’elle s’enfonce sous la plaque eurasienne. Sous l’effet d’une chaleur et d’une pression immenses, à grande profondeur, l’eau se sépare de la roche, absorbe la chaleur du manteau terrestre et remonte rapidement à travers les fractures du socle rocheux. Après un périple d’environ six millions d’années, elle atteint enfin la surface. Ce processus donne naissance à une source minérale d’une concentration exceptionnelle, considérée comme rare même à l’échelle mondiale.
Le chef de guerre Toyotomi Hideyoshi s’y serait rendu à plusieurs reprises pour reposer autant son corps que son esprit. Depuis des siècles, figures historiques et voyageurs en quête de régénération y trouvent un lieu de retraite. Les sources chaudes de Hyōgo ont ainsi longtemps été associées à l’idée de renaissance.

L’eau Kinsen apparaît d’abord limpide, puis se teinte d’un brun rouge profond lorsque le fer qu’elle contient s’oxyde au contact de l’air.

De la vapeur s’élève de la source Goshōsen, d’où jaillit à la surface la Kinsen, l’eau thermale ferrugineuse d’Arima.
La singularité de la région tient également à la diversité de ses eaux. À Arima, la célèbre Kinsen, riche en fer et en sel, jaillit limpide avant de s’oxyder au contact de l’air et de se teinter d’un brun rouge profond.
Plus au nord, sur la côte de la mer du Japon, Kinosaki Onsen cultive depuis plus de 1 300 ans la tradition de la tournée des bains publics. Vêtus de yukata et chaussés de geta en bois, les visiteurs parcourent la ville de bain en bain, considérant l’ensemble du bourg comme une unique auberge. Ce rythme lent, sans hâte, favorise une expérience presque méditative.
À proximité, Yumura Onsen, où la température des eaux peut atteindre 98°C, intègre encore la culture thermale au quotidien de ses habitants. Chaque station exprime un rapport au bain différent, façonné par son environnement et son histoire.
Plus au sud, sur l’île d’Awaji, Sumoto Onsen surplombe la mer intérieure de Seto. Selon les mythes, Awaji aurait été la première île née du Japon. Se baigner face au lever du soleil, lorsque la lumière se déploie sur l’eau, procure un sentiment d’immensité et d’immersion silencieuse dans la nature.

Bain en plein air avec vue sur la mer à Tenkyū-no-Shizuku, le grand bain d’Awaji Yumesenkei, sur l’île d’Awaji.
Après le bain, les saveurs de la terre
Au Japon, la culture des sources chaudes est indissociable de celle de la table. Traverser les régions thermales de Hyōgo devient naturellement un voyage gustatif.
Le bœuf de Kobe, mondialement réputé, trouve son origine dans les vaches de Tajima élevées dans le nord de la préfecture. Une alimentation qui pousse grâce à l’eau pure des sources locales a longtemps contribué à la qualité exceptionnelle de cette viande. L’hiver, à Kinosaki, arrive aussi le crabe des neiges, très prisé, pêché dans la mer du Japon.
Plus au sud, l’île d’Awaji possède une longue histoire en tant que Miketsukuni, ces territoires chargés d’approvisionner la cour impériale en ingrédients d’exception. Aujourd’hui encore, ses produits de la mer et ses légumes portent la trace de cet héritage.
S’immerger dans les eaux d’un lieu et consommer ce que son climat et ses sols produisent s’inscrit au cœur du tōji, la philosophie japonaise traditionnelle du bain thérapeutique. Il ne s’agit pas seulement de se baigner, mais de restaurer le corps de l’intérieur comme de l’extérieur, en accueillant les bienfaits d’un territoire.

Le bœuf de Kobe, réputé pour son gras fondant et son “umami” profond et savoureux.

Le crabe rouge des neiges, pêché dans la mer du Japon et dégusté de l’automne au début de l’été.

Produit de la mer fraîchement pêché à Awaji, ici présenté en sashimi de daurade.
De l’énergie urbaine à la retraite silencieuse
Ce qui rend Hyōgo particulièrement saisissante tient aux contrastes qu’elle offre. La silhouette immaculée du château de Himeji, surnommé le « château du Héron blanc », est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Non loin de là, la ville portuaire de Kobe conjugue l’héritage de son ancien quartier des concessions étrangères à une atmosphère cosmopolite contemporaine.
Depuis ces centres urbains animés, moins d’une heure suffit pour rejoindre des villages thermaux paisibles, enveloppés par la nature.
Ce déplacement dépasse la simple excursion. Il s’apparente à une forme de retrait, une manière de s’extraire de l’intensité moderne pour renouer avec des rythmes plus essentiels. À Hyōgo, l’histoire, les paysages et la cuisine se rejoignent au sein des sources chaudes, offrant même aux voyageurs familiers du Japon une sensation renouvelée de découverte et d’apaisement.

Le château de Himeji, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1993, dont la beauté se révèle au fil des saisons.

Kobe Harborland, quartier animé du front de mer, propice au shopping, à la gastronomie et aux promenades au bord de l’eau.