Les 100 beautés de Harunobu Suzuki

À travers des scènes du quotidien capturées dans le Edo du XVIIIème siècle, le graveur d'estampes offre un subtil décryptage social.

09.04.2021

TexteHenri Robert

© CPA Media Co. Ltd

Entre 1760 et 1770, Harunobu Suzuki a réalisé près de 1 200 estampes, 25 livres illustrés, et bien d’autres peintures. Andrew Forbes et David Henley ont publié en 2012 un recueil de 100 œuvres de l’artiste dans 100 Beauties: Suzuki Harunobu, édité par Cognoscenti Books.

Peu de choses sont connues de la vie de l’artiste, qui serait né autour de 1725 à Edo, la capitale du Japon à l’époque. Il étudie l’art dans la tradition de l’École Torii, amenée depuis Kyoto par le maître de l’ukiyo-e Kiyonobu Torii en 1687. Il est notamment influencé par l’artiste Sukenobu Nishikawa (1671-1750) — certains experts pensent même qu’il a été son professeur. Les créateurs de la dynastie Ming Qiu Ying (vers 1494-1552) et Tang Yin (1470-1524) ont également été des sources d’inspiration.

 

De riches clients séduits par sa technique innovante et son trait espiègle

Son œuvre constitue l’un des fleurons de l’ukiyo-e, non seulement par ses apports stylistiques et techniques mais aussi par la poésie qui imprègne ses œuvres et la subtilité de son récit. Avec lui, les jeux d’esprit, la culture, l’humour, se jouent de la banalité des scènes de la vie quotidienne, et les transforment en images ludiques, recelant de messages, de symboles et d’allusions à des œuvres littéraires classiques.

À travers ses estampes, Harunobu Suzuki décrit l’art de vivre de la société japonaise urbaine du XVIIIème siècle, les sujets évoluant au fil des années. Après une période consacrée à l’univers du théâtre kabuki, ses estampes donnent ensuite à voir des scènes de genre, décrivant le quotidien des habitants, mettant surtout en avant les sujets. L’exigence de ses clients, des samouraïs ou des bourgeois dont le nom apparait sur l’œuvre, amène l’artiste à utiliser du cerisier plutôt que du catalpa, et à employer autant de blocs de bois séparés qu’il le souhaite. Il est également l’un des premiers artistes ukiyo-e à fréquemment intégrer plus de trois couleurs pour la réalisation d’une seule estampe et ce, grâce à une nouvelle technique appelée azuma nishiki-e.

Dans ses œuvres, l’artiste s’attarde sur les détails des tenues, les manières d’être des sujets, leur élégance représentée dans un cadre illustrant les nombreux divertissements offerts à la haute société de l’époque, tels que les balades, salons de thé, ou théâtres. Harunobu Suzuki s’intéresse en particulier au quartier de Yoshiwara, qui abrite des maisons closes, appelées “maisons vertes”.

Pour mettre en lumière l’aspect sensuel des femmes représentées, leurs caractères discrets, timides ou leurs attitudes rêveuses, l’artiste joue sur les détails, les gestes, évocateurs pour les spécialistes d’estampes de l’époque.

 

100 Beauties: Suzuki Harunobu (2012), un ouvrage de Andrew Forbes et David Henley qui rassemble les oeuvres de Harunobu Suzuki, édité par Cognoscenti Books.

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