Mari Katayama, brodeuse d’identité

Dans sa série “Gift”, la photographe met en scène son propre corps pour interroger les critères de beauté contemporains.

31.08.2020

TexteHenri Robert

© United Vagabonds & Mari Katayama

Son œuvre se matérialise à travers des sculptures, du textile et des photographies, mais pourrait également être associée à la performance. Dans Gift, plusieurs séries sont réunies en forme de rétrospective, et Mari Katayama invite le public à réfléchir à son corps, son identité.

Née en 1987, l’artiste est atteinte d’hémimélie tibiale, une maladie qui a empêché la croissance de ses jambes et de sa main gauche, qui ne compte que deux doigts. Lorsqu’elle avait 9 ans, ses deux jambes ont été amputées, ce qui l’oblige depuis à porter des prothèses. Diplômée du Department of Intermedia Art de la Tokyo University of the Arts en 2012, l’artiste participe en 2019 à la Biennale de Venise.

 

Explorer, comprendre et accepter son corps

Mari Katayama réalise un travail basé sur des prothèses de différentes tailles qu’elle brode, décore de cristaux ou de dentelle, orne de dessins. Dans ces photographies, réalisées entre 2007 et 2018 en noir et blanc et en couleur, l’artiste immortalise son corps, allongé sur un lit, dans un univers surchargé, ou sur une plage — où les prothèses brodées deviennent tentacules. Des jeux d’ombres sont également créés à partir de ce corps.

L’artiste aime préciser que son travail ne se base pas sur son handicap, mais sur son corps, tel qu’il est. Il lui permet de l’explorer, de le comprendre, de le définir. Les 136 pages de ce premier livre documentent l’évolution de son travail, entre recherche d’identité et réminiscence de frustrations passées. Mari Katayama interpelle le public, l’amène à interroger les critères de l’esthétique physique, ses propres limites et les mécanismes mis en place pour les dépasser.

 

Gift (2019) est un livre de Mari Katayama publié par les éditions United Vagabonds à l’occasion de la première exposition solo de l’artiste en Europe, à la White Rainbow Gallery de Londres en 2019.

© United Vagabonds & Mari Katayama

© United Vagabonds & Mari Katayama

© United Vagabonds & Mari Katayama

© United Vagabonds & Mari Katayama

© United Vagabonds & Mari Katayama

© United Vagabonds & Mari Katayama