Tokihiro Sato, mise en lumière d’une présence invisible
Un photographe est généralement derrière son objectif. Dans “Photo Respiration”, c’est le passage éphémère de l’artiste qui est représenté.

Tokihiro Sato, “Yura #339”, 2001
Résumer la pratique de Tokihiro Sato à la photographie serait injuste, ou plutôt incorrect. Il convient de la définir comme un jeu entre photographie et performance. Les points lumineux qui habitent ses clichés naissent des déplacements de l’artiste. Il en résulte un jeu poétique et philosophique, une exploration de notre rapport au mouvement, de notre présence.
Formé à la sculpture, c’est après une première expérimentation des points lumineux autour de ses œuvres que Tokihiro Sato a réorienté sa pratique vers la photographie. Ce virage a permis à l’artiste, né en 1957 à Sakata, de créer un univers singulier, notamment récompensé en 1990 par le Higashikawa New Photographer Prize.
Un caractère transitoire
Tokihiro Sato travaille à partir d’expositions longues, qui durent d’une à trois heures. L’artiste utilise ce temps pour se déplacer dans l’espace en créant des points de lumière ou des lignes lumineuses, créés avec des lampes de poche ou des flashs réalisés par des miroirs réfléchissants. L’artiste dessine avec la lumière. Ce travail prend notamment forme dans sa série iconique, Photo Respiration. Ces points lumineux apparaissent dans des environnements intérieurs, urbains ou sauvages, des plans d’eau, ou des bois enneigés, dont naissent des clichés en noir et blanc.
Comme il l’expliquait dans des propos repris par The Hindu, « de manière contradictoire, en ne rendant pas la vie / les vies, visibles dans le cadre, je voudrais montrer qu’elle(s) existe(nt) là-bas. » L’appareil photographique immortalise ainsi une action, qui n’est pas matérialisée par son corps, mais par ces points qui représentent sa présence éphémère. L’artiste poursuit en précisant son intention : «Ce que je voudrais que le spectateur voie, c’est la manière dont il imagine la “partie manquante” de mes images. Je veux qu’il s’imagine que quelque chose qu’il ne peut pas réellement voir dans l’image existe — en montrant ma propre absence. Mes “respirations” et mes actions dans ces images sont l’essence de ma propre vie, bien que mon corps reste invisible. »
Les photographies de Tokihiro Sato décrivent un monde poétique et lyrique. Être face à ces photographies, c’est prendre conscience de notre propre rapport à l’existence, du caractère transitoire de notre propre vie.
Le travail de Tokihiro Sato est à découvrir sur les sites de la Haines Gallery et de Leslie Tonkonow.

Tokihiro Sato, “#2”, 2009

Tokihiro Sato, “#381 Domi-muma”, 1999

Tokihiro Sato, “#356 Palm”, 1997

Tokihiro Sato, “#170 Manji”, 1992

Tokihiro Sato, “#69”, 1990

Tokihiro Sato, “#294 Hattachi”, 1996

Tokihiro Sato, “#60”, 1990
LES PLUS POPULAIRES
-
“Spirale”, un tourbillon de ténèbres
Ce manga d'horreur, oeuvre phare de Junji Ito, dépeint une ville maudite en proie à des événements surnaturels causés par une spirale.
-
La vague Seigaiha, le motif qui inspire la mode contemporaine française
La vague Seigaiha est un motif japonais ancestral apparu au 6ème siècle. Celui-ci veut littéralement dire "mer bleue et vagues".
-
Casa Wabi, une fondation d’art engagée et un pont entre le Japon et le Mexique
Imaginée par un artiste mexicain et conçue par l'architecte japonaise Tadao Ando, elle veille à inclure la communauté locale dans ses projets.
-
À l’époque Edo, les criminels étaient tatoués
Les tatouages traditionnels avaient une signification très forte, les meurtriers étaient tatoués sur le visage, les voleurs sur le bras.
-
Namio Harukawa, maître du dessin SM
“Garden of Domina” offre une plongée dans l’univers d'une icône de l'“oshiri”, dont l’œuvre a aujourd’hui atteint le monde entier.


