Vie et mort des villes, par Naoya Hatakeyama

25.01.2020

Naoya Hatakeyama, né en 1958 dans la préfecture d’Iwate, au Nord de Tokyo, a exposé  à la Biennale de Venise, deux fois à Arles (en 2003 et 2009), à la Maison Européenne de la Photographie à Paris et au V&A de Londres. Diplômé d’art et d’architecture au Japon, il est multi-primé dans son pays natal. Institutions publiques, grandes manifestations photographiques, collections privées : tous s’arrachent ses images de la nature, reflets d’une réflexion singulière et profonde sur la marche du monde.

Naoya Hatakeyama, dont l’épouse est française, s’est notamment intéressé aux bassins miniers du Nord-Pas-de-Calais à travers sa série Terrils, en 2012. Ces photographies racontent ces collines artificielles faites de déchets d’exploitation – et notamment du célèbre schiste – qui transforment les lignes d’horizon de la région. En retraçant l’impact de ces traces du passé sur les paysages d’aujourd’hui, Naoya Hatakeyama explore une histoire paradoxale, faite d’évolutions (les mines sont aujourd’hui désertées de toute activité économique) et de permanences (les terrils subsistent et sont désormais classifiés, protégés et mis en valeurs pour leur aspect mémoriel).

C’est cette capacité à établir un lien entre les époques, à concentrer des paradoxes à travers une seule et même image qui pousse le photographe à continuer inlassablement son travail. Parmi les sujets qu’il aborde, l’un d’entre eux, exploré dans deux livres, a une résonance toute particulière – peut-être car il est profondément intime. En mars 2011, sa cité natale est décimée par un raz-de-marée, le même qui entraînera la catastrophe nucléaire de Fukushima. La vague rase la petite ville de Rikuzentakata et emporte ses habitants par centaines, dont la mère du photographe. Celui-ci, parti seul de Tokyo au milieu du chaos, met six jours à rejoindre la ville. Six jours pendant lesquels il a l’espoir de la revoir vivante.

Dans les livres Kesengawa et Rikuzentakata (2013 et 2016), Naoya Hatakeyama témoigne en images de l’indicible. Il raconte ces six jours terribles dans Kesengawa – où il publie ses photos de la ville ravagée et de ses maisons renversées en les opposant à des images de la vie d’”avant” à Rikuzentakata, souvenirs de sa jeunesse  –  et chronique (dans Rikuzentakata) la douloureuse reconstruction de sa ville et sa lente transformation à travers des photographies du quotidien, prises cinq ans durant.

Ce travail qui met “l’objectif dans la plaie”, Naoya Hatakeyama le poursuit toujours, sous un jour moins intime. À travers sa nouvelle monographie Excavating the Future City (2018), il s’intéresse à plusieurs dizaines d’années de transformations du paysage urbain, en photographiant la destruction des sols, les explosions et le passage des déblayeurs qui mèneront, plus tard, à la naissance de nouveaux immeubles.