La philosophie de Kapital, marque pionnière du denim japonais
Son jean emblématique “Century Denim” est né de techniques ancestrales de teinture japonaises qui font de chaque jean une pièce unique.

“BIZEN” et “KARASU”, une autre nouveauté de la saison. Même l’étiquette cartonnée fixée au jean affirme sa singularité. © Yuki Saito
C’est à Kojima, dans la ville de Kurashiki, au sein du département d’Okayama, que Kapital s’est imposée comme une pionnière de la confection et du traitement du denim, contribuant à façonner l’identité de ce secteur. Né aux États-Unis comme vêtement de travail, le jean renfermait un potentiel d’innovation que le fondateur de la marque n’a eu de cesse d’exploiter.
Aujourd’hui son fils, Kiro Hirata, en tant que directeur artistique et héritier de cette ambition, est parvenu à repousser les possibilités créatives du denim et à conquérir un public dans le monde entier.

Kapital possède trois ateliers de confection. Les jeans sont fabriqués dans celui de Mitsu, dans le département d’Okayama. © Yuki Saito

Parmi les nouvelles teintes de la saison, “BIZEN” (au centre), réalisé dans un denim teint au “kakishibu”, et “KARASU” (à gauche), confectionné en denim noir. Tous deux sont brodés de fils noirs, pour un rendu sobre et raffiné. À droite, un modèle “BIZEN” dont la patine s’est développée avec le temps. À chaque lavage, les fils de “sashiko” teints à l’indigo par teinture à la corde, tout comme le denim de base teint au “kakishibu”, se délavent progressivement. Le tissu gagne en caractère et s’assouplit pour épouser peu à peu les formes du corps. Au centre : 39 380 ¥ ; à gauche : 39 380 ¥. Les deux modèles sont signés Kapital (au Legs Craftsman Store).
Le “Century Denim” est sans doute le produit qui incarne le mieux l’identité de Kapital. Pour faire simple, il s’agit d’un denim teint au kakishibu (du jus de kaki) ou à l’encre de Chine, puis rehaussé de broderies sashiko réalisées avec du fil teint à l’indigo.
À l’origine de cette création, une découverte faite par Kiro Hirata sur un marché d’antiquités qu’il fréquente depuis de nombreuses années : un ancien sakabukuro, un sac en coton autrefois utilisé pour presser le moût lors de la fabrication du saké, teint au kakishibu. Pour le renforcer, ce sac avait été réparé au moyen de coutures sashiko réalisées avec du fil indigo. Au fil du temps, la teinture bleue avait déteint et s’était mêlée au brun du kaki, donnant naissance à une patine fascinante, d’une richesse inédite.
À gauche : “BIZEN”, la nouvelle teinte de la saison, un denim teint au “kakishibu” et rehaussé de broderies “sashiko” noires. À droite : Une étiquette de marque trône sur la poche arrière. © Yuki Saito
Désireux de transposer cet effet au denim, Hirata a mené plusieurs années d’expérimentations avant de lancer le produit en 2012. À chaque lavage, la teinture de kaki ou l’encre de Chine s’estompe tandis que le bleu indigo des broderies sashiko se diffuse dans le tissu environnant, composant une patine toujours plus nuancée. Aujourd’hui, ce denim à la patine vivante séduit les amateurs du monde entier.
Tout en rendant hommage au jean américain, le “Century Denim” incorpore des techniques et des traditions propres au Japon. Fidèle à son nom, qui évoque un siècle, il incarne l’ambition de créer un vêtement qui traversera les cent prochaines années. Une pièce appelée à durer, mais qui continue elle-même d’évoluer.
Une boutique pour découvrir le “Century Denim” et façonner une pièce unique

Dès que l’on pénètre dans la boutique, le regard est attiré par un vaste espace de tatamis. À l’image des boutiques traditionnelles de kimonos, où les étoffes sont déployées sur le sol, l’équipe souhaitait pouvoir présenter les jeans à plat sur les tatamis. Le fait de demander aux clients de retirer leurs chaussures participe également à une expérience destinée à éveiller les cinq sens. Fidèle, comme le “Century Denim”, à l’héritage culturel japonais, l’intérieur accueille en outre de nombreuses antiquités collectionnées par Kiro Hirata. © Seiichi Saito
Kapital possède aujourd’hui trois boutiques à elle seule dans le quartier d’Ebisu, à Tokyo. Parmi elles, le Legs Craftsman Store, présenté ici, est la seule où il est possible d’acheter le “Century Denim”.
Principalement consacrée aux jeans, cette adresse sert également de point de contact pour les réparations des pièces en denim de la marque. Des artisans spécialisés dans le raccommodage y sont présents en permanence, mettant leur savoir-faire au service de vêtements conçus pour durer.

Le Legs Craftsman Store compte parmi ses équipes des spécialistes de la réparation, et fait également office de point de contact pour les réparations des jeans Kapital. Un espace de travail est aménagé dans la boutique afin de répondre aux demandes des clients. © Seiichi Saito

Réparation d’un trou apparu à l’entrejambe, à force de frottements. © Seiichi Saito
Le nom “Century Denim”, qui fait référence à un siècle, ne tient pas uniquement à la fabrication du produit. Il renvoie également à un geste particulier : l’application d’une couche de kakishibu, une teinture naturelle issue de la fermentation du jus de kakis.
Doté de propriétés antiseptiques, insectifuges et imperméabilisantes, ce liquide est un matériau traditionnel japonais employé à de multiples usages depuis l’époque Heian (794-1185). Le designer Kiro Hirata a eu l’idée de l’appliquer sur ses vêtements afin d’en renforcer la résistance tout en leur donnant une apparence singulière, propre à chaque pièce et à son propriétaire.

La teinture “kakishibu” utilisée par Kapital est un produit courant, que chacun peut facilement se procurer dans le commerce. Les acheteurs de “Century Denim” peuvent donc appliquer eux-mêmes cette teinture sur leur vêtement. La boutique organise toutefois régulièrement des ateliers consacrés à ce traitement. La teinture est étalée au pinceau, puis le tissu est mis à sécher au soleil. En répétant l’opération plusieurs fois, on renforce la surface de l’étoffe tout en faisant apparaître des nuances et des irrégularités de couleur caractéristiques. © Seiichi Saito
En parallèle de la fabrication des vêtements, il a multiplié les expérimentations, jusqu’à trouver une préparation de kakishibu dépourvue de son odeur caractéristique.
Il a également souhaité retrouver, dans la manière de vendre le “Century Denim”, l’esprit des marchés d’antiquités où il avait lui-même fait ses découvertes : un échange direct entre le vendeur et l’acheteur, permettant au premier d’expliquer les particularités du produit et au second de les comprendre avant de repartir avec sa pièce. C’est tout ce processus qui fait du “Century Denim” une ligne vraiment unique.

Un ancien sac à saké teint au “kakishibu” est détourné en “noren”, le rideau traditionnel japonais suspendu à l’entrée des boutiques. © Seiichi Saito

La boutique présente également des échantillons illustrant l’évolution de la patine du “Century Denim” au fil du temps. © Seiichi Saito
Le Legs Craftsman Store joue un rôle essentiel dans cette démarche. La boutique organise régulièrement des événements au cours desquels il est possible de faire appliquer une couche de kakishibu sur son “Century Denim”. Une occasion de découvrir sur place comment cette teinture transforme le tissu et lui permet de poursuivre son évolution au fil du temps.
Legs Craftsman Store
Adresse : 2-23-12 Ebisu-minami, bâtiment Ebisu Sunny, rez-de-chaussée, Shibuya-ku, Tokyo
Téléphone : +813-5773-8305
Horaires : 11 h – 20 h
Fermeture : jours irréguliers
www.instagram.com/kapitallegs
Avec leur forme évoquant les capsules de bouteilles de lait, les cartes de visite des boutiques Kapital sont particulièrement attachantes. La marque compte quinze boutiques en propre, et les collectionneurs qui réunissent les cartes des quinze adresses peuvent parfois recevoir un ours en peluche exclusif, introuvable dans le commerce. Ces cartes sont ainsi devenues familières aux amateurs de la marque. © Seiichi Saito

Sur la porte d’entrée patinée par le temps, le designer Kiro Hirata a ajouté la mention « Réparation de jeans » à une ancienne enseigne d’atelier d’horlogerie dénichée sur un marché d’antiquités. © Seiichi Saito