De Kyoto à Uji, une balade loin des foules

04.05.2020

TexteClémence Leleu

Et si on laissait derrière nous le temps de quelques jours l’impériale Kyoto, pour découvrir l’arrière-pays ? Du lac Biwa, un des plus grands lacs d’eau douce du pays, en passant par le mont Hiei où se niche le temple Enryaku-ji, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, ou encore par Uji, producteur majeur de thé, on savoure cette balade hors des sentiers battus, où le temps semble être suspendu. Pas besoin d’être motorisé, le train Hiei, de la ligne Eizan, reconnaissable grâce à son vert profond, vous fera serpenter dans ce Japon encore loin des foules.

1 - Arpenter le mont Hiei

Première étape, le mont Hiei. Situé à la frontière des préfectures de Kyoto et de Shiga et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994, le mont est accessible par le funiculaire Sakamoto Cable ou la route de Hieizan. Une route longue d’une vingtaine de kilomètres bordée au printemps par plus d’un millier de cerisiers en fleur, et à l’automne par des érables aux feuilles parées d’un rouge feu. 

Au sommet, on y découvre une vue incroyable sur le lac Biwa, tout proche, ainsi que sur le temple Enryaku-ji. Construit en 788, ce temple était constitué de milliers de bâtiments mêlés aux cèdres millénaires surplombant le lac Biwa. Entièrement détruit en 1571, le temple est reconstruit quelques années plus tard. De sa nuée de petits temples disséminés çà et là sur les pentes du mont Hiei, il ne reste aujourd’hui que trois centres reliés entre eux par des chemins de randonnée : Todo, la partie la plus visitée et qui abrite un pavillon dédié au Bouddha de la médecine, Saito qui abrite un des plus vieux bâtiments et Yokawa, où un temple est édifié à flanc de colline.

2 - Flâner au lac Biwa

©JNTO

Avec ses 670 km2, le lac Biwa est un des plus grands lacs d’eau douce du Japon. Très populaire auprès des Japonais qui viennent y passer le week-end ou quelques jours de congés, on peut y pratiquer de nombreux sports aquatiques comme le voilier ou la planche à voile. 

Les moins sportifs pourront admirer le temple Mangetsu-ji, une copie du temple flottant construit sur le lac par le moine Genshin au XVIIIème siècle pour assurer la sécurité et l’illumination du peuple. Autre option pour les hédonistes : les sources chaudes Ogoto Onsen, situées sur le flanc ouest du lac. Un endroit très paisible où se délasser, et profiter d’une ou plusieurs nuits dans un ryokan, les auberges traditionnelles japonaises.  

©JNTO

3 - Un pause artistique à Ōtsu

Ōtsu est une petite ville portuaire sur le lac Biwa, située à un carrefour de routes commerciales qui sillonnent le pays, notamment celle menant à l’ancienne capitale Edo. Port de commerce et de transport à partir du XVIIème siècle, Otsu s’est aujourd’hui transformée principalement en port de tourisme. 

La ville recèle quelques petites merveilles pour les voyageurs, comme par exemple le temple Ishiyama-dera, établi au VIIIème siècle. Ce temple bouddhiste célèbre Kannon, divinité de la miséricorde. Murasaki Shikibu, l’écrivaine à qui l’on doit “Le dit du Genji”, roman fondateur de la littérature japonaise, y aurait notamment séjourné. Le pavillon principal, Hondô, a été classé trésor national car il s’agit de la plus vieille bâtisse de la préfecture de Shiga. C’est là, dans une minuscule pièce, que Murasaki Shikibu aurait composé les vers de son roman. On trouve également dans les jardins entourant le temple une statue de l’auteure en train d’écrire. 

Ōtsu est également le lieu de naissance des Ōtsu-e, un art populaire japonais né au début du XVIIIème siècle, développé par les habitants de la ville d’Otsu et des villes environnantes. Les familles peignaient des images bouddhistes folkloriques au pochoir, avant de les mettre en vente sur des stands au bord de la route. Cet art, dépendant du trafic routier commercial s’est peu à peu éteint à compter du XIXème siècle, notamment à cause de l’arrivée du chemin de fer. 

Chaque premier week-end d’octobre a lieu le Otsu Matsuri, un festival qualifié d’important patrimoine folklorique immatériel. L’apothéose de ces deux jours de fête est sans conteste le défilé de grands chars consacrés aux karakuri, des poupées automates traditionnelles.

4 - Uji, producteur de thés exceptionnels

©Dongtek O

Impossible d’échapper au thé vert quand on visite Uji, ville qui fournit depuis le XIIIème siècle cet or délicat aux maisons de thé de Kyoto, dont le thé matcha est réputé dans tout le pays comme étant le meilleur du monde. 

Que ce soit dans la rue piétonne, les vieux quartiers lovés autour du pont Uji-bashi construit au VIIème siècle, ou dans les artères plus modernes, échoppes et restaurants ne cessent de rappeler au visiteur que nous sommes dans la cité du Uji-cha, le “thé d’Uji”, capitale japonaise des précieuses feuilles vertes. L’été ce sont les glaces qui adoptent les saveurs du matcha, tandis que l’hiver, les vapeurs des thés bouillants chargent l’air de leurs fumets. Ici, le thé se décline à l’envi : gâteaux, bonbons, lait et même nouilles soba ! 

À ne pas manquer, le 1er dimanche d’octobre, la ville célèbre l’eau, élément indispensable au thé. Les habitants pratiquent alors divers rituels pour remercier les sommités de l’histoire du thé, et demander la clémence des dieux pour voir la pureté de leur eau préservée.

©Alice Pasqual