Tomoko Kawao danse dans l’encre

03.07.2018

© Tomoko Kawao

Assise sur ses talons, Tomoko Kawao semble méditative. D’ici quelques secondes, la gracieuse jeune femme va se livrer à une chorégraphie étrange nommée shodō.

En silence, elle salue la toile de plusieurs mètres carrés, s’empare d’une brosse (aux dimensions elles aussi extraordinaires), la trempe dans un vase d’encre, laisse cérémonieusement l’excédent s’écouler. Soudain, elle s’élance, fait glisser le pinceau sur le support gigantesque, s’arrête, le corps en extension, tandis que les fibres gouttent sur la toile, avant de revenir à la source et, ses munitions rechargées, de repartir. Quelques minutes plus tard, l’artiste trace le trait final de sa formule : « Le temps n’attend pas. »

Originaire de Chine et popularisée au Japon au début de l’ère Shōwa (1926-1989), la pratique du shodō n’a cessé d’évoluer. La calligraphie nipponne contemporaine se veut l’expression de la beauté du signe : ses traits, ses points et cet entre-deux lorsque le pinceau fait vibrer l’air.

Tomoko Kawao a commencé son apprentissage à l’âge de six ans. Ayant remporté depuis de nombreux prix au Japon et à l’étranger, elle s’investit désormais dans des projets aussi différents que le signalement d’une station de train, d’un temple ou l’étiquette d’un spiritueux. L’artiste milite pour que le shodō ne soit pas perçu comme une discipline austère, mais plutôt comme une activité accessible — quoique chargée de symboles. Kawao le répète à l’envi : « Une fois le pinceau posé sur le papier, il n’est plus possible de revenir en arrière. » Ainsi, il en va du shodō comme de la vie, la beauté réside moins dans le résultat que dans la chorégraphie.

© Tomoko Kawao

© Tomoko Kawao

© Tomoko Kawao